La force de l’Acadie

Si l’égalité réelle entre les francophones et les anglophones du Nouveau-Brunswick est encore bien loin d’être accomplie, un fait se confirme toutefois année après année. Le peuple acadien, loin de se contenter de faire entendre sa voix au loin, est aussi une partie intégrante des cercles du pouvoir de la province.

La couverture des Fêtes de l’Acadie Nouvelle a beaucoup évolué depuis l’époque où nous présentions un résumé, par date, des principaux événements qui ont marqué l’année.

Nos textes annonçant la Personnalité de l’année, l’Événement de l’année, les personnes les plus influentes de la province, les 30 jeunes à surveiller, nos coups de coeur culturels, et bien plus encore, sont désormais attendus avec impatience par nos lecteurs.

Certains choix sont repris par d’autres médias. Ils sont aussi encensés ou critiqués dans les médias sociaux.

La décision de l’Acadie Nouvelle de nommer la commissaire aux langues officielles Katherine D’Entremont, à titre de Person­nalité de l’année, a particulièrement été bien accueillie.

Celle-ci a connu une année difficile. Pour plusieurs, qui voudraient la voir réduite à un rôle d’apparat semblable à celui de Dialogue NB, ses prises de position sont inacceptables. Pour le comité éditorial élargi de l’Acadie Nouvelle, elle est au contraire l’exemple d’une femme qui s’est tenue debout, malgré les critiques injustifiées, et qui n’a jamais cessé de défendre nos droits.

Espérons qu’en 2017, la classe politique accordera plus de respect à son travail.

Par ailleurs, notre Top 30 annuel des Néo-Brunswickois les plus influents a couronné cette année un juge, Ernest Drapeau.

Il a été un rappel que le pouvoir de nos politiciens a des limites et que la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick n’acceptera pas d’être un instrument utilisé à des fins politiques.

Jamais cela n’a été aussi clair que dans le dossier des autobus scolaires «bilingues». Le gouvernement a demandé à la cour de trancher à sa place. Mal lui en prit. Le juge Drapeau a renvoyé les libéraux à leurs devoirs, a multiplié les doutes et les questions, a exprimé des préoccupations, si bien que Fredericton a abandonné sa cause!

La cour a aussi montré des dents dans le dossier des limites d’importation d’alcool, en refusant d’entendre une demande d’appel sur ce sujet.

De longues délibérations ont été nécessaires pour en arriver à nommer le juge Drapeau comme étant la personnalité la plus influente de la province, mais aussi afin de déterminer les 29 autres citoyens qui ont composé notre classement.

Par exemple, la coureuse de fond Geneviève Lalonde a participé à une finale olympique. Elle a sans nul doute inspiré des milliers de Néo-Brunswickois. Mais a-t-elle plus d’influence que Don Ferguson, un Acadien de Tracadie qui vient d’être nommé à l’Office national de l’énergie, et dont le rôle consistera à déterminer si le gouvernement fédéral doit donner le feu vert à l’oléoduc Énergie Est (un projet de plusieurs milliards de dollars)?

Votre réponse vaut la nôtre. Des débats comme celui-ci ont eu lieu au moment de déterminer le rang de chaque finaliste.

La liste est aussi un nouveau rappel que les postes les plus prestigieux et les plus influents de la province sont encore et toujours majoritairement occupés par des hommes, ce qui ne signifie évidemment pas qu’il n’y a pas de femmes influentes ou d’exception au Nou­veau-Brunswick.

Néanmoins, l’année n’a pas été facile sur ce front. On a vu, par exemple, une première femme (Cathy Rogers) devenir ministre des Finances, mais plusieurs de ses pouvoirs sont restés entre les mains de son prédécesseur, Roger Melanson, qui a pour sa part été nommé président du Conseil du trésor.

On pourrait aussi ajouter que si Brian Gallant avait voulu imiter Justin Trudeau en nommant un conseil des ministres paritaire, il aurait dû se contenter d’un Cabinet de huit ministres (il n’y a que quatre femmes au sein du caucus libéral…).

Autre exemple: la députée Madeleine Dubé s’était classée au 3e rang de notre Top 30 de l’influence, en 2011, alors qu’elle était ministre de la Santé du gouvernement Alward. Elle est aujourd’hui en 16e position, prise dans un parti de l’opposition qui semble prêt à couper ses liens avec les francophones.

Au-delà de cet enjeu, nous pouvons cependant nous réjouir de constater que tant d’Acadiens réussissent à accéder à des postes de pouvoir dans notre province. Connaissez-vous bien des peuples minoritaires dans le monde qui voient les leurs être premier ministre, ministre de la Santé, juge en chef du plus haut tribunal du pays ou PDG d’une société énergétique (Énergie NB)?

En cette nouvelle année, nous pouvons bien aujourd’hui nous péter les bretelles. Après tout, l’actualité se chargera bien de nous rappeler dans les prochains mois que le choix de vivre en français dans cette province s’accompagne de défis et de luttes constantes.