Triste fin, triste mandat

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Dominic Cardy, a choisi le passage vers la Nouvelle Année pour annoncer sa démission. Une fin en queue de poisson pour un politicien qui était rempli de promesses, mais qui a beaucoup déçu.

Dominic Cardy a été élu chef du NPD du Nouveau-Brunswick en 2011. Il laisse derrière lui un parti divisé, sans présence à l’Assemblée législative, au plus bas dans les intentions de vote et qui soulève la méfiance chez les Acadiens.

Il a même été devancé sur sa gauche par le Parti vert, dont le chef David Coon impressionne depuis qu’il a fait sa place à la législature.

Un bilan qui n’impressionnera personne.

Pourtant, rien ne laissait présager cela quand il a été élu chef, il y aura six ans en mars.

À l’époque, la formation de gauche tentait encore de se remettre de la démission de sa seule leader ayant été capable de se faire élire à l’Assemblée législative, Elizabeth Weir. Ses successeurs, Allison Brewer et Roger Duguay, n’auront fait que passer.

Pour plusieurs membres, Dominic Cardy faisait figure de sauveur. Il était déjà rompu à la politique, d’abord à titre de président de l’aile jeunesse du NPD néo-écossais, puis en tant qu’organisateur politique. Il avait ainsi contribué aux succès électoraux d’un parti qui a pris le pouvoir pour la première fois en 2009.

C’est sans compter qu’il a aussi fait du travail humanitaire dans des pays asiatiques. Sa fougue et sa jeunesse (il a été élu chef à l’âge de 40 ans) semblaient en faire un candidat idéal pour sortir le NPD de la marginalité.

Il a toutefois fait preuve d’un pauvre jugement politique et n’a jamais su créer un lien avec les électeurs.

Il a été personnellement battu aux élections complémentaires ou provinciales à pas moins de trois reprises. Ses défaites à répétition ont miné sa crédibilité, et ce, au moment où il tentait de transformer le NPD de l’intérieur afin d’en faire un parti plus centriste et moins idéologique.

Sa vision a culminé aux élections provinciales de 2011, quand il a convaincu les anciens députés libéraux Kelly Lamrock (ministre de l’Éducation sous Shawn Graham) et Abel LeBlanc ainsi que l’ancien député conservateur Bev Harrison d’être candidats. Tout ce beau monde a subi la défaite.

Les jours de Dominic Cardy à la tête de son parti étaient comptés. Il a annoncé sa démission lors de la soirée électorale, a ensuite changé d’idée, puis s’est fait relativement discret, un peu comme si le coeur n’y était plus.

Notons toutefois que sous sa gouverne, la situation financière du parti s’est améliorée, au point où celui-ci est désormais en mesure d’offrir un salaire à son chef et n’a plus de dettes.

Au cours des deux dernières années, M. Cardy nous a toutefois énormément déçus en se transformant en critique des droits linguistiques. Il est l’un de ceux qui a lancé la bataille contre les systèmes d’autobus scolaires séparés sur une base linguistique. Il a aussi vertement critiqué la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Katherine d’Entremont.

Par ailleurs, il ne s’est pas fait d’amis en Acadie en soutenant qu’il faut «laisser couler» le Centre naval du Nouveau-Brunswick.

Il était clair depuis plus ou moins deux ans que son leadership ne faisait plus l’unanimité. Des militants ont appelé à sa démission. L’ancien député fédéral Yvon Godin a affirmé que M. Cardy n’était «pas digne d’un chef», qu’il divise les communautés plutôt que de les rassembler.

Bref, le diable était aux vaches.

Dominic Cardy quitte en claquant la porte. Dans un communiqué, il a parlé de «forces destructives» qui refusent d’accepter la volonté démocratique des membres. Il a dénoncé les «guerres intestines» provoquées par des membres qui rêvent d’un NPD «pur et dur» et qui préfèrent se contenter de victoires morales que de véritables gains électoraux.

Pas exactement une sortie avec grâce, disons-le.

Elle s’explique probablement par des impératifs partisans. Dominic Cardy a vanté l’élection de Blaine Higgs à la tête du Parti progressiste-conservateur du N.-B. et n’écarte pas l’idée de devenir un transfuge.

Un leader néo-démocrate qui se joindrait au parti qui a élu le chef le plus à droite de l’histoire politique récente dans la province? On aura tout vu.

D’ici là, le NPD devra panser ses plaies. Il aura fort à faire pour se remettre de cette nouvelle déconvenue. Cette formation peine déjà en temps normal à attirer l’attention des électeurs. Si elle doit en plus traîner avec elle une réputation de grenouillage, on voit mal comment elle pourra montrer qu’elle a le sérieux nécessaire pour présenter une alternative valable d’ici les élections provinciales.