Un premier ministre qui prend ses aises

Le premier ministre Brian Gallant s’est déplacé dans les bureaux de l’Acadie Nouvelle, vendredi, afin de participer à une rencontre éditoriale. Ce genre d’exercice, auquel se plient la plupart des politiciens d’importance en Occident, permet aux journalistes et aux lecteurs d’en apprendre un peu plus sur les intentions et la vision de ceux et celles qui nous dirigent.

Les politiciens sont de nos jours bien protégés par une armée de communicateurs et de relationnistes. Les journalistes n’ont plus l’accès privilégié qu’ils avaient autrefois, ce qui complique notre travail.

Une rencontre éditoriale, sans le filtre d’une conférence de presse et avec plus de souplesse que lors d’un scrum de quelques minutes à la sortie d’une période des questions à la législature, est donc généralement une bonne occasion d’aller au fond des choses sur des sujets d’intérêt public.

Au cours des dernières décennies, les Frank McKenna, Bernard Lord, Shawn Graham et David Alward se sont souvent prêtés au jeu. Certaines nouvelles de grande importance ont été publiées à la suite de ces rencontres.

En 2004, par exemple, l’Acadie Nouvelle avait ainsi appris en exclusivité l’intention du gouvernement Lord de fermer les services d’urgence d’hôpitaux, y compris celui de Caraquet.

Brian Gallant n’a largué aucune bombe de ce genre vendredi, dans notre siège social de Caraquet.

Cela ne signifie toutefois pas que l’exercice ait été une perte de temps, bien au contraire. Plusieurs textes, publiés dans les journaux de samedi, de lundi et d’aujourd’hui, ont été initiés ou bonifiés à la suite de notre rencontre avec le premier ministre du Nouveau-Bruns­wick.

Contrairement à ses prédécesseurs, Brian Gallant a fait preuve d’un excès de prudence, prenant bien soin de ne pas trop s’avancer sur la plupart des sujets abordés. Un exemple parmi tant d’autres: le vote à 16 ans. Le premier ministre a sûrement déjà des opinions là-dessus. Il les gardera jalousement pour lui, en attendant le dévoilement du rapport de la commission sur la réforme électorale.

Il a par contre donné l’impression d’un premier ministre convaincu d’avoir choisi la bonne voie pour notre province. Il est satisfait des chiffres concernant la création d’emploi et la croissance de l’économie, tout comme du résultat de sa révision stratégique des programmes. Il croit toujours réussir à atteindre l’équilibre budgétaire d’ici 2020.

Après deux années tumultueuses, Brian Gallant a pris ses aises, est prêt à défendre son bilan en campagne électorale et n’hésite pas à multiplier les pointes contre le chef de l’opposition, Blaine Higgs (qu’il appellera «Higgs» tout au long de l’entrevue, sans jamais dire son prénom).

Notre interview avec le chef du gouvernement libéral nous a aussi permis d’en apprendre un tantinet sur les événements qui ont mené à la décision du Nouveau-Brunswick de larguer le front commun des provinces afin de plutôt signer une entente  sur le financement de la santé directement avec le gouvernement du Canada.

En réponse à une question, il a confié que des représentants des autres provinces semblaient plus empressés, après la rupture des négociations, à critiquer Ottawa sur la place publique qu’à trouver des solutions. Une façon de faire «inacceptable», selon lui, qui l’a poussé à s’entendre directement avec Ottawa. Il n’était pas prêt non plus à laisser de l’argent sur la table pour une question de principe, par exemple en imitant le Québec qui refuse d’accepter des conditions du fédéral.

Bizarrement, peut-être en raison de la complexité de l’entente, Brian Gallant peine à la défendre avec vigueur.

Il cite des chiffres, les mélange parfois, compare l’analyse de Richard Saillant (qui a critiqué l’entente) avec celle de son gouvernement, affirme être très satisfait de ce qu’il a obtenu, mais sans se montrer réellement convaincant. Un peu comme s’il n’était pas certain à 100% que l’argent arraché d’Ottawa sera réellement suffisant pour réaliser son objectif de garder tous les hôpitaux ouverts et de continuer d’assurer une bonne qualité des soins.

Nous sommes loin de la conviction avec laquelle Shawn Graham vantait sa décision de mettre en vente Énergie NB.

M. Gallant confirme toutefois l’analyse que nous avions faite en éditorial à la suite de l’annonce de l’entente sur la santé.

À ses yeux, la menace de Justin Trudeau d’imposer une entente désavantageuse pour le N.-B. était trop sérieuse pour prendre le risque de camper dans une position défensive avec les autres provinces. «Certains croient que c’est un bluff. Je respecte ça», nous a-t-il déclaré en expliquant que de son côté, il a préféré négocier plutôt que de tout risquer. Il confie que s’il espère un retour d’ascenseur de Justin Trudeau, rien de tel n’a été promis.

Les prochains mois nous diront si la lecture qu’il a faite de la situation était bien la bonne ou s’il est fait rouler dans la farine.