De l’or en barre

Deux cent soixante-douze millions de dollars et 2700 emplois. Les libéraux fédéraux et provinciaux ne se sont pas déplacés les mains vides vendredi.

Ottawa et Fredericton ont confirmé qu’ils élargiront à quatre voies la route 11, du sud de la rivière Shediac jusqu’au sud de la rivière Bouctouche. Une voie de contournement de 11 km sera également construite entre Glenwood et Miramichi.

L’annonce est significative et était attendue depuis très longtemps. Les libéraux ont d’ailleurs marqué le coup de façon spectaculaire. L’Acadie Nouvelle a réussi à confirmer la nouvelle jeudi. Deux conférences de presse majeures, réunissant chaque fois des grosses pointures politiques et des notables, ont ensuite eu lieu le lendemain.

Ce n’est pourtant pas, du point de vue monétaire, une annonce aussi importante qu’elle en a l’air.

À titre comparatif, le libéral Shawn Graham s’était engagé en 2006 à doubler la route 11 de Shediac à Miramichi, un projet qui était alors évalué à 1,5 milliard $.

Avec un premier ministre originaire de Rexton, petit village situé le long du tronçon routier en question, nous sommes nombreux à avoir cru à l’époque que cette fois-ci était vraiment la bonne.

Malheureusement, le gouvernement Graham a abandonné sa promesse.

Il a plutôt injecté avec l’aide d’Ottawa 540 millions $ (deux fois le montant annoncé vendredi) pour agrandir la route 1, qui mène vers le Maine et qui est deux fois moins achalandée.

Les progressistes-conservateurs de David Alward s’étaient pour leur part butés à l’apparente indifférence du gouvernement de Stephen Harper. Ils avaient tout de même fini par s’entendre pour investir quelque 60 millions $ dans le secteur de Shediac.

La bonne nouvelle, c’est que l’alignement des astres politiques a pour conséquence que nous pourrons bientôt rouler sur une autoroute neuve et sécuritaire dans cette région.

Le fait que le seul ministre fédéral au Nouveau-Brunswick, Dominic LeBlanc, représente la circonscription de Beauséjour, où se trouve l’artère en question, n’a sûrement pas nuit. Ni le fait que l’annonce touche des régions où les progressistes-conservateurs auront besoin de faire des gains s’ils veulent gagner les prochaines élections.

Cet investissement démontre une nouvelle fois, pour ceux qui ont encore besoin d’être convaincus, que l’excellente relation entre Brian Gallant, Justin Trudeau et Dominic LeBlanc rapporte des dividendes.

Des dossiers qui traînent dans certains cas depuis des décennies (l’élargissement de la route 11, le nouveau pont de la rivière Petitcodiac, l’agrandissement de l’aéroport de Bathurst) débloquent enfin.

Pour le premier ministre Gallant, qui a connu une première moitié de mandat en demi-teinte, les investissements annoncés représentent de l’or en barre d’un point de vue politique.

Il n’est pas particulièrement impopulaire, mais la lune de miel est terminée depuis longtemps. Des investissements importants en infrastructures comme ceux qui ont été confirmés dans les derniers mois l’aideront à maintenir sa cote de popularité auprès de l’électorat, surtout avec en face de lui un nouveau chef de l’opposition, Blaine Higgs, qui vante les mérites de l’austérité.

Les élections provinciales sont encore loin, dans un peu moins de deux ans. Le jour venu, Justin Trudeau sera toujours au pouvoir à Ottawa. Ne doutons pas une seconde que Brian Gallant n’hésitera pas d’ici là à vanter les mérites de son alliance avec les libéraux fédéraux et à tenter de convaincre l’électorat que ce serait très risqué de la briser afin d’élire Blaine Higgs.

Cette bonne entente, précisons-le, profite aux deux côtés.

Le fédéral a beaucoup d’argent à dépenser à travers son programme d’infrastructure. Il est lui aussi à la recherche de visibilité et est heureux d’avoir devant lui un interlocuteur désireux de s’entendre rapidement, sans bras de fer.

Au-delà de ces considérations politiques, les citoyens du Sud-Est, de Kent et de la Miramichi peuvent se réjouir, sans oublier les milliers d’automobilistes de l’est de la province qui emprunteront la nouvelle voie pour se rendre à Moncton ou à Dieppe. Ils gagneront du temps et le risque d’accident sera moins élevé, grâce à des clôtures de protection contre les orignaux et bien sûr l’ajout des nouvelles voies.

Les travaux auront de plus des retombées économiques majeures. Les commerces, les fournisseurs et les sous-traitants seront nombreux à tirer leur épingle du jeu.

Il n’est pas impossible non plus qu’à long terme, la nouvelle autoroute ait un impact économique sur l’industrie touristique et pour les entrepreneurs qui jouiront d’un accès routier auquel ils ne pouvaient que rêver.

Et ce n’est peut-être pas fini. Énergie NB entend remettre à neuf le barrage hydroélectrique de Mactaquac, non loin de Frede­ricton, au coût de plus de 3 milliards $. On s’active certainement en coulisses afin de signer une entente fédéral-provincial de partage de la facture d’ici aux élections de 2018.