Des femmes qui n’acceptent pas un «non» comme réponse

Un regroupement apolitique vient de se donner une mission importante, essentielle même, soit d’augmenter le nombre de femmes à l’Assemblée législative. La tâche n’est pas impossible, mais elle s’annonce titanesque.

Le faible nombre de femmes à la législature est un problème bien connu. Il est revenu à l’avant-plan à la suite des élections de 2014, qui ont porté les libéraux de Brian Gallant au pouvoir. Seulement huit circonscriptions sur 49 (16%) sont représentées par une députée. C’est encore pire au Cabinet, où on ne retrouve que trois ministres de sexe féminin.

C’est déplorable.

Le lancement de Femmes pour le 50% arrive à un moment opportun. L’organisme souhaite atteindre la parité à la législature dans deux ans. Elle a réussi un bon coup en organisant une conférence de presse à laquelle ont assisté plusieurs femmes crédibles en provenance de divers horizons, y compris des députées ou d’ex-politiciennes de tous les partis.

Cela dit, l’intention et la volonté ont beau être là, il faudra beaucoup plus que cela pour faire passer le nombre de députées de huit à 25 à la suite des prochaines élections.

L’expérience québécoise nous montre que même les coups d’éclat les plus spectaculaires ne provoquent pas nécessairement de résultats à long terme. En 2007, le premier ministre Jean Charest avait constitué un conseil des ministres paritaires, une première. Mais 10 ans plus tard, le Québec compte huit femmes sur 26 membres du Cabinet.

Pour le moment, les Femmes pour le 50% semblent vouloir miser sur la sensibilisation et le travail de terrain. Un congrès mettant en vedette l’ancienne députée fédérale Sheila Copps aura bientôt lieu. Il aura notamment pour objectif de démythifier le processus permettant de se forger suffisamment d’appuis dans un parti politique afin de devenir candidate, puis d’être élue.

Ce ne sera pas assez.

Pour faire évoluer les moeurs, il faudrait changer la loi, imposer des quotas et peut-être même modifier notre mode de scrutin. Plus facile à dire qu’à faire. Ce n’est toutefois pas une lubie. D’autres pays l’ont fait. Et plusieurs à part ça.

Le Conseil du statut de la femme du Québec évalue qu’une centaine de nations ont adopté des quotas. Dans certains pays, le nombre de politiciennes a augmenté de façon importante. Ailleurs, les résultats ont été plus mitigés.

En France, une première loi sur la parité a été adoptée dès 2000. Elle impose des pénalités financières aux partis politiques qui ne présentent pas le même nombre de candidats et de candidates aux élections législatives.

Cela a incité ceux-ci à augmenter le nombre de candidates sur leurs listes. Mais nous sommes encore loin de la parité. Malgré les progrès accomplis, les formations politiques préfèrent encore être punies financièrement et gérer la controverse et les critiques plutôt que de respecter la loi ou son esprit.

Les pays qui ont adopté le mode de scrutin proportionnel semblent être ceux qui ont réussi les plus beaux progrès.

Pour simplifier, les partis présentent une liste de candidats avant les élections. S’ils obtiennent 40% des voix, 40% de leurs candidats sont élus. Ne suffit que d’imposer un règlement exigeant le même nombre d’hommes et de femmes sur la liste électorale et le tour est joué.

Le Nouveau-Brunswick songe présentement à modifier son mode de scrutin. Si le passé est garant de l’avenir, le statu quo finira par prévaloir. Au Canada, aucune juridiction n’a encore réussi à convaincre les électeurs d’abandonner notre bon vieux système uninominal à un tour (le candidat avec le plus de votes dans la circonscription gagne).

En termes plus clairs, la plupart des Néo-Brunswickois souhaiteraient voir plus de femmes en politique, mais probablement pas au point de changer un mode de scrutin auquel ils sont attachés.

Brian Gallant a déjà laissé entendre qu’il s’opposera à toute règle qui lui imposerait de nommer un nombre minimum de candidates. Le pouvoir d’élire un candidat ou une candidate appartient aux associations de circonscription. Il n’entend pas le leur enlever.

Pour le gouvernement d’une aussi petite province, c’est une erreur que de se priver des idées et de l’expertise de la moitié de la population. Plusieurs pays à travers le monde ont réussi à ouvrir bien grand la porte aux femmes. Le Nouveau-Brunswick peut le faire aussi. Mais pour cela, il faut une volonté politique. Elle n’existe pas présentement.

Les Femmes pour le 50% pourront-elles défoncer le plafond de verre qui décourage tant de leurs consoeurs à faire le saut en politique provinciale? Qui sait? Il y a dans ce groupe des personnalités fortes et déterminées qui n’ont pas l’habitude d’accepter un «non» comme réponse. Souhaitons-leur de réussir. Tout le Nouveau-Brunswick en sortirait gagnant.