Trudeau mise sur sa force

Justin Trudeau s’est payé quelques bains de foule, mardi, au Nouveau-Brunswick. Avec un taux de popularité qui avoisine les 60% dans la région, il pouvait se permettre ce luxe sans crainte d’être coincé par une question embarrassante.

La visite du premier ministre Trudeau au Nouveau-Brunswick a lieu alors que les chefs d’entreprise, les politiciens et les leaders les plus richissimes et les plus puissants de la planète se réunissent à Davos afin de participer au Forum économique mondial.

Cet événement est très couru. L’année dernière, le premier ministre Brian Gallant s’était rendu sur les lieux et n’avait pas jugé bon de couper court à son voyage malgré l’annonce de la fermeture de la mine de potasse de Sussex.

Justin Trudeau s’y était rendu aussi en 2016 et avait même livré un discours. Gageons qu’il aurait voulu, dans d’autres circonstances, retourner à cette rencontre triée sur le volet, avec un prix d’entrée de 19 000$ par personne.

Mais voilà, M. Trudeau est empêtré dans la controverse. Il y a ce voyage sur l’île privée de l’Aga Khan (un chef religieux musulman) qu’il a tenté de garder secret. De plus, il a dû justifier le fait que son parti organise des activités de financement pendant lesquelles des gens d’affaires paient de fortes sommes pour obtenir un accès privilégié au pouvoir.

Justin Trudeau a donc décidé de miser sur ce qui est pour le moment sa principale force: sa popularité personnelle. D’où cette tournée nationale pendant laquelle il va à la rencontre des citoyens.

L’idée est bonne.

Évidemment, il faudrait être naïf pour penser que l’intervention d’un simple citoyen soit suffisante pour changer la position du premier ministre sur quelque sujet que ce soit. Nous sommes ici dans le domaine des relations publiques. Pas dans la consultation.

Les plus attentifs remarqueront d’ailleurs que M. Trudeau ne répond pratiquement jamais aux questions que lui posent les participants. Il s’agit bel et bien ici d’un exercice de façade. Sauf exception, il n’y a pas de véritables échanges avec le public, que des réponses générales à des questions pourtant souvent très précises.

Ce n’est de toute façon pas là l’objectif des libéraux, qui veulent avant tout donner l’impression de resserrer les liens entre Justin Trudeau et la population. De ce côté, c’est mission accomplie. La participation aux assemblées citoyennes a été exceptionnelle.

Il fallait voir la longue file de gens qui attendaient pendant des heures afin de pouvoir entrer au Centre culturel de Fredericton, mardi matin, dans l’espoir d’entendre le chef libéral, pour comprendre que le nom Trudeau continue de résonner très fort au N.-B.

Le premier ministre s’est aussi déplacé au marché public de Saint-Jean de même que dans un Tim Hortons à Hampton. Chaque fois, des foules spectaculaires étaient au rendez-vous. La popularité de M. Trudeau est impressionnante, comme le montre la quantité de jeunes qui ont voulu prendre un égoportrait en sa compagnie.

Quant aux périodes de question, elles sont l’occasion d’entendre le premier ministre sur une foule de sujets dans un cadre totalement différent.

En effet, on ne répond pas de la même manière à une mère de famille qui n’a pas été payée depuis des mois en raison des problèmes du nouveau système de paie Phénix du gouvernement fédéral qu’on le ferait à une chef de l’opposition ou à un journaliste.

Les participants n’avaient qu’à lever la main et espérer que Justin Trudeau leur offre la parole.

À Fredericton, il a répondu à des questions portant sur des sujets sensibles où on n’a pas eu souvent l’occasion de l’entendre, comme l’aide aux personnes handicapées ou les agressions sexuelles sur les campus, ainsi que des sujets plus politisés tels que la légalisation de la marijuana et la création d’emplois.

D’autres ont profité de l’occasion pour lui partager leur admiration ou le féliciter de se livrer à cet exercice démocratique, montrant bien qu’il était tout sauf en territoire hostile.

Une enfant a même eu la chance de demander à M. Trudeau quels sont les plans d’avenir de la fille de celui-ci, âgée de 8 ans!

L’exercice n’est pas complètement sans risque. Il aurait pu déraper à tout moment. Justin Trudeau n’a toutefois pas peur d’aller à la rencontre des gens, comme il l’a démontré à Caraquet lors du Tinta­marre en 2016.

Le premier ministre devrait répéter sa tournée du «vrai monde» chaque année. Il a beaucoup à gagner à entendre les inquiétudes et aspirations de ses concitoyens. Trop souvent, nos politiciens ne sortent de leur bulle que pendant les campagnes électorales.

Le succès de la tournée Trudeau montre bien qu’aller à la rencontre de ses concitoyens a ses avantages, même si l’exercice reste superficiel dans ce cas-ci.

À quand une tournée semblable de Brian Gallant dans toutes les régions du Nouveau-Brunswick?