Blaine Higgs le comptable

Un face-à-face avec le chef du Parti progressiste-conservateur, Blaine Higgs, est l’occasion de découvrir à quel point il est différent des politiciens traditionnels en général, et du premier ministre Brian Gallant en particulier.

Le comité éditorial de l’Acadie Nouvelle a rencontré au début du mois le premier ministre Gallant. Il était de mise d’organiser une discussion du même type avec son principal adversaire, Blaine Higgs.

La rencontre, qui a eu lieu jeudi, était pertinente du fait que même s’il a été ministre des Finances de 2010 à 2014, le nouveau chef conservateur est peu connu des Acadiens.

Ils entendent surtout parler de lui à travers les critiques de ses adversaires, qui le présentent comme une sorte de Bonhomme Sept Heures déterminé à fermer nos hôpitaux ainsi que nos écoles et qui s’oppose à toute forme d’investissements dans les infrastructures ou le développement économique, en particulier dans le Nord francophone.

Blaine Higgs est à blâmer pour cet état des choses. Il est invisible sur notre écran radar.

Par exemple, depuis qu’il est devenu chef, il a utilisé chacune de ses interventions durant la période des questions à l’Assemblée législative pour critiquer les actions du gouvernement dans le dossier de l’immersion en français dans le système d’éducation anglophone. Un enjeu qui ne touche aucunement la population acadienne.

M. Higgs ne semble d’ailleurs avoir aucun plan particulier pour conquérir les circonscriptions à majorité francophone, lesquelles ont échappé (à l’exception d’une seule) à son parti lors des dernières élections.

En discutant avec le chef du PC, on vient à comprendre pourquoi. Dans sa vision, il n’y a qu’un seul Nouveau-Brunswick. Il n’y a pas de Nord ou de Sud, de francophones et d’anglophones ou de régions rurales et urbaines, avec des besoins différents. Il voit plutôt le gouvernement comme un pourvoyeur de services qui doivent être offerts le plus efficacement possible.

Si vous espériez le voir offrir une vision spécifique de développement pour les régions francophones et rurales, vous logez à la mauvaise enseigne. Blaine Higgs croit avant tout dans les chiffres.

S’il y avait une seule façon de résumer sa pensée, ce serait de dire qu’il privilégie les données à l’émotion. En ce sens, M. Higgs fait figure d’extraterrestre comparativement aux politiciens traditionnels qui carburent souvent avec des sentiments comme l’espoir.

Cela s’exprime avec son refus de faire des promesses qu’il ne pourra pas tenir. Il s’est opposé à la hausse de deux points de la Taxe de vente harmonisée, mais refuse de promettre de la ramener à 13% s’il devient premier ministre. Pourquoi? Parce qu’il ignore quelles dépenses auront été engagées par les libéraux d’ici là et s’il aura la marge de manoeuvre pour se passer de ces revenus.

C’est une façon responsable de gouverner qui fait toutefois abstraction du jeu politique tel qu’on le connaît.

Brian Gallant s’engage à ne fermer aucun hôpital tant qu’il sera premier ministre? Blaine Higgs ne fait pas une telle promesse, mais dit plutôt qu’il faut remettre les finances publiques en ordre afin d’être en mesure de préserver nos établissements hospitaliers. Le genre de nuance qui risque de se perdre dans le brouhaha d’une campagne électorale.

À ses yeux, l’argent est là, mais est mal dépensé en raison de mauvaises priorités politiques.

Il dénonce que la province investisse 32,9 millions $ pour construire un nouveau pont au-dessus de la rivière Petitcodiac qui n’est pas nécessaire du strict point de vue de la circulation routière, mais qu’elle a fermé le bureau de Service NB à Saint-Quentin pour n’économiser que quelques centaines de milliers de dollars.

Le principal défaut de cette vision comptable d’un gouvernement est qu’elle risque d’accentuer les inégalités. Avec Blaine Higgs, oublions les investissements au nom d’un quelconque rattrapage en santé, en éducation ou dans le développement économique. Tout doit se justifier selon une mécanique comptable, et tant pis si celle-ci favorise des régions plutôt que d’autres.

Si vous lui dites qu’il est injuste que la presque totalité des autoroutes du sud de la province sont à quatre voies et qu’il est temps que vienne le tour de celles des autres régions, il vous rétorquera que ce n’est parce que les gouvernements ont pris de mauvaises décisions dans le passé qu’il faut les répéter, dans le Nord ou ailleurs.

Nous avons devant nous un politicien qui a une vision très précise du rôle du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Il refuse de dire ce que les électeurs veulent entendre.

Pourra-t-il séduire les francophones avec une telle plateforme? C’est peu probable. Réussira-t-il à gagner suffisamment de circonscriptions pour déloger Brian Gallant et prendre le pouvoir? Nous sommes sceptiques.

Blaine Higgs a toutefois le mérite de proposer une solution de rechange complètement différente à celle de Brian Gallant, et de la défendre sans faire de promesses irresponsables. Il lui reste deux ans pour convaincre la population de le suivre dans la voie qu’il propose.