Les oubliés du verglas

Alors que des milliers de personnes s’apprêtent à entreprendre une deuxième semaine sans électricité, il est de plus en plus évident que le gouvernement provincial et Énergie NB ont été dépassés par l’ampleur des événements.

Chaque jour, les monteurs d’Énergie NB réalisent des progrès.

Le travail de ces hommes et de ces femmes n’est rien de moins qu’héroïque. Depuis mardi soir dernier, ils ont affronté la pluie verglaçante, la neige, les vents, le froid et la fatigue. C’est sans compter tous les bénévoles, les pompiers, les policiers, les ambulanciers et les simples citoyens qui ne comptent pas leurs heures pour s’assurer que les personnes les plus vulnérables sont en sécurité.

Néanmoins, si les équipes sur le terrain livrent quotidiennement la marchandise, on ne peut pas dire que c’est le cas plus haut dans la chaîne de commandement.

Le premier ministre Brian Gallant n’est pas sorti grandi de la crise. Il a pris trois jours avant de daigner se déplacer dans les régions les plus touchées. Jeudi, alors que des gens étaient dans le froid depuis déjà une quarantaine d’heures, M. Gallant livrait devant un public trié sur le volet son discours sur l’état de la province. Il y avait quelque chose d’indécent à voir le premier ministre annoncer des millions pour divers programmes devant un parquet de gens en veston-cravate et en robe de soirée, qui ont payé leur billet 250$. Ce discours aurait dû être, sinon annulé, à tout le moins repoussé.

De plus, M. Gallant n’a pas su comment réagir quand des municipalités de la Péninsule acadienne ont décrété l’état d’urgence. Cette annonce d’élus municipaux n’accélérait en rien les efforts sur le terrain. Il s’agissait plutôt d’un appel à l’aide de la part de communautés qui se sentaient abandonnées.

Le maire de Tracadie, Denis Losier, a expliqué dans nos pages qu’il réclamait des ressources additionnelles de Fredericton depuis deux jours. En vain. Sur l’île Lamèque, des élus affirmaient que personne au sein de l’Organisation des mesures d’urgence du N.-B. n’était en mesure de répondre à leurs appels et à leurs besoins.

Malgré cela, Brian Gallant n’a rien trouvé de mieux à répondre que ces états d’urgence étaient décrétés au niveau municipal et que ça ne touchait en rien son gouvernement, qui n’avait par ailleurs aucune intention d’imiter ces communautés.

L’Organisation des mesures d’urgence du N.-B, qui semble bien loin de sa zone de confort quand une crise a lieu à l’écart de son siège social de Fredericton, n’a impressionné personne. La première conférence de presse a eu lieu dans la capitale, loin des sinistrés. Ce n’est qu’à compter de vendredi que de l’expertise a été dépêchée dans la Péninsule, après que des pressions aient été faites en ce sens.

Mais tout cela n’est rien comparativement au fiasco qu’a été le plan de communications d’Énergie NB.

Dès jeudi matin, il est apparu clair que les prédictions de la société de la Couronne n’avaient aucune crédibilité. Les porte-paroles annonçaient le matin que 60% des résidants d’une région donnée retrouveraient l’électricité d’ici la fin de la journée. Le lendemain, la situation avait au contraire empiré.

Aux gens désireux de savoir quand leur communauté retrouverait l’électricité, on leur demandait d’aller visionner le site web d’Énergie NB. Un site que les principaux intéressés ne pouvaient évidemment pas consulter, étant donné les circonstances!

Ces prévisions (si on peut les appeler ainsi) étaient non seulement erronées, mais aussi irresponsables. Des milliers de gens sont restés des jours à la maison en croyant les promesses d’Énergie NB. Celle-ci aurait dû annoncer rapidement que la crise pourrait durer plusieurs jours, et peut-être même une semaine ou deux, au lieu de faire des prédictions trop optimistes, pour ne pas dire farfelues.

Le PDG Gaëtan Thomas s’y est pris sur le tard pour modifier le plan de communication. Il a lui aussi tardé à se rendre le terrain, dans la Péninsule acadienne. Ce n’est que dimanche qu’il a enfin annoncé que son équipe et lui allaient faire le tour des centres de réchauffement pour donner de l’information aux réfugiés du froid, quelque chose qui aurait dû être fait dès les premiers jours.

Énergie NB devra aussi répondre à des questions sur la répartition des ressources. Elle n’avait pas suffisamment de bras pour agir dans toute la province. Résultat, il a fallu trois jours pour terminer l’évaluation des dégâts dans la Péninsule acadienne. Des routes principales ont longtemps été bloquées. Alors qu’on promettait des progrès importants, les camions d’Énergie NB étaient pratiquement invisibles dans la région la plus durement touchée et la plus froide.

Pas mal de leçons devront être tirées dans les prochains mois. Parlez-en aux gens qui sont sur le point de passer une septième ou une huitième nuit dans un dortoir, dans un refuge ou dans le froid de leur résidence.