L’union fait la force de l’Acadie

En 1884, des délégués de partout en Acadie se sont réunis à Miscouche, à l’Île-du-Prince-Édouard, pour participer à une deuxième Convention nationale, après celle de Memramcook. L’histoire retient qu’ils se sont dotés d’un drapeau étoilé et d’un hymne national chanté en latin.

On en parle moins souvent, mais cette convention historique s’est aussi conclue avec l’adoption d’une devise pour le peuple acadien: l’union fait la force.

Environ 133 ans plus tard, les délibérations de Miscouche sont bien loin dans l’esprit des Acadiens, en particulier ceux de la Péninsule acadienne.

Ce qui est peut-être la plus importante crise de verglas à avoir frappé le Nouveau-Brunswick n’est toujours pas terminée.

Heureusement, il y a de l’espoir. Après un pénible début de crise (dont nous avons traité mardi en éditorial), il est juste de dire que tant le gouvernement, l’Organisation des mesures d’urgence et Énergie NB ont pris leur erre d’aller. Les progrès sont spectaculaires sur le terrain, au point où il est désormais possible de croire que la presque totalité des citoyens des zones sinistrées aura retrouvé le courant d’ici la fin de la semaine.

Les citoyens dans les zones les plus isolées devront patienter encore un peu. Le PDG d’Énergie NB, Gaëtan Thomas, en est cons­cient. Il a expliqué lors d’une interview au siège social de l’Acadie Nouvelle déjà préparer des mesures temporaires pour aider ces gens en attendant que la situation revienne à la normale. Personne ne sera oublié, personne ne restera dans le froid et le noir pendant des semaines ou des mois, a-t-il martelé.

Résoudre cette crise demeure un exploit logistique et humain exceptionnel, tant les dommages causés par la tempête de verglas sont graves. Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’ardeur au travail, le courage et la ténacité des milliers de monteurs, d’électriciens et d’ingénieurs (et plus encore) qui passent leurs journées et parfois des nuits à remettre le système en marche.

Cela, sans oublier l’aide des municipalités, de l’armée, de la Croix-Rouge et des autres organisations qui sont venues au secours des résidants qui vivent des difficultés.

Il est toutefois important de saluer aussi le travail de tous ces simples citoyens qui n’ont pas hésité à voler au secours de leurs proches, de leurs voisins ou d’inconnus qui étaient dans le besoin. Certains l’ont fait dans l’anonymat le plus complet, en se présentant par exemple dans un centre de réchauffement pour aider à préparer des repas, laver la vaisselle ou simplement épauler les réfugiés du froid.

D’autres ont organisé des activités plus médiatisées, comme des campagnes de financement ou des opérations de porte-à-porte pour s’assurer de venir au secours des gens les plus isolés ou les plus vulnérables.

Il faudrait un éditorial complet (et sans doute deux ou trois de plus) pour saluer chacun d’entre eux. L’Acadie Nouvelle a raconté l’histoire de certaines de ces personnes qui ont pris les choses en main. Des gens comme le père Patrick McGraw qui, avec l’aide de bénévoles et des commerçants locaux, a transformé le presbytère de Lamèque en véritable ruche au service de la communauté, ou encore comme le groupe des «secouristes anonymes», qui ont mis sur pied à partir de Caraquet un service d’aide pour les citoyens des districts de services locaux de la région.

Aussi impressionnante est la solidarité dont font preuve les autres régions du Nouveau-Brunswick, en particulier (mais pas uniquement) dans le Nord francophone.

L’Acadie n’est pas un bloc monolithique uni. En temps normal, ce qui est important dans la Péninsule acadienne ne l’est pas nécessairement dans le Madawaska, et ce qui préoccupe les résidants de Kent ne touche pas le quotidien des Restigouchois. Et vice-versa.

La crise du verglas est en train de changer tout ça, même si l’effet ne sera sans doute pas permanent. Il est impressionnant de voir les autres régions faire preuve de solidarité.

L’entraide s’est organisée à Edmundston, où des employés municipaux ont fait le plein auprès de la population de dons, de denrées non périssables et autres produits en demande (piles, couches, etc). À Bathurst, des remorques ont été remplies de produits visant à aider des sinistrés, avec en prime des cartes d’essence qui sont accueillies avec soulagement par les gens qui dépendent de leur génératrice depuis plus d’une semaine.

On a vu des initiatives semblables dans plusieurs communautés du Restigouche, dans la région de Moncton, etc. Parfois, l’action est initiée par un conseil municipal. D’autre fois, il s’agit plutôt de citoyens qui décident d’agir, comme on l’a vu avec Francis Gallant, un chanteur de Kedgwick qui s’est rendu de sa propre initiative dans la Péninsule acadienne accompagné de remorques pleines de vivres de toute sorte et de bois de chauffage.

Les délégués de Miscouche avaient bien raison en 1884: l’union fait et fera la force de l’Acadie.