D’ici la prochaine tempête

Au moment de rédiger ces lignes, un peu plus d’un millier de clients s’apprêtaient à passer une dixième nuit consécutive dans le noir et le froid, chez des amis ou dans un refuge. Heureusement, le jour n’est plus très loin où ils pourront eux aussi parler de cette catastrophe au passé.

S’il est encore trop tôt pour tracer un bilan d’une crise du verglas qui n’est toujours pas terminée, quelques leçons s’imposent déjà.

Les refuges. Il n’est pas clair qui, en premier, a compris l’urgence de mettre sur pied des centres d’accueil, mais nous lui devons une fière chandelle. Les centres de réchauffement et d’hébergement ont permis d’éviter le pire. Une panne d’électricité aussi généralisée (chaque client d’Énergie NB de la Péninsule acadienne a été touché par une panne à un moment ou l’autre), en plein hiver, aurait pu avoir des conséquences bien plus graves.

Ces refuges ont non seulement permis d’abriter des gens qui vivaient des moments difficiles, mais ils sont aussi devenus des lieux de rassemblement pour les bénévoles désireux d’appuyer les efforts de solidarité, facilitant du même coup la coordination de leur travail et le rendant plus efficace.

Une formule qui sera certainement reprise si une nouvelle crise devait se montrer le bout du nez, dans les régions touchées ou ailleurs dans la province.

La communication. Il s’agit de la principale critique à l’endroit d’Énergie NB. Ses prévisions dans les premiers jours après la tempête n’étaient pas réalistes. Les cibles annoncées n’étaient pratiquement jamais atteintes, en particulier dans la Péninsule acadienne. Les gens qui se fiaient à ces prédictions avaient la fausse impression que la crise était sur le point de se résorber, alors que ce n’était pas le cas.

Ces prévisions ont sans doute incité les autorités à sous-estimer au début l’ampleur du problème. Le gouvernement Gallant n’a pas jugé bon d’annuler son discours sur l’État de la province, le 26 janvier, alors que plus de 100 000 clients étaient dans le noir et le froid. Une erreur de jugement qui n’a pas fini de lui être reprochée.

Il s’est toutefois repris plus tard en repoussant la date de la rentrée législative ainsi que le dépôt du budget.

De son côté, Énergie NB doit trouver une façon de produire des prévisions plus fiables et surtout d’aviser la population plus rapidement s’il existe une possibilité qu’une panne se prolonge pendant une ou deux semaines, comme c’est le cas présentement.

La réponse passe-t-elle par l’installation de compteurs intelligents? La direction d’Énergie NB semble le croire.

La fiabilité du réseau. Le chef du Parti vert, David Coon, s’est interrogé publiquement sur la solidité du réseau d’Énergie NB. Le PDG Gaëtan Thomas a répliqué que la société de la Couronne qu’il dirige remplace déjà à mesure les poteaux d’électricité devenus trop vieux, que ceux-ci peuvent soutenir de lourdes glaces, mais que celle qui a recouvert l’équipement était quatre fois plus épaisse que ce que prévoient les normes les plus rigoureuses.

On veut bien. Néanmoins, des modèles climatiques en vigueur prévoient que des tempêtes du genre pourraient se multiplier dans les prochaines années. En termes plus clairs, ce ne sera pas la dernière fois que de la pluie verglaçante tombera sur l’Acadie.

Il n’est pas question de tolérer à l’avenir que des régions entières se retrouvent encore une fois sans courant pendant des jours ou des semaines. Énergie NB doit évaluer la façon dont elle a réagi et trouver des solutions à long terme, en particulier si les tempêtes de verglas devaient se multiplier.

Nous ne doutons pas que ses ingénieurs réfléchissent déjà à la question.

Mieux coordonner l’aide. Au moment où vous lisez ces lignes, l’aide aux sinistrés fonctionne à plein régime. Des points de presse et des séances d’information ont lieu quotidiennement, Brian Gallant et Gaëtan Thomas (et même Justin Trudeau, vendredi soir) vont chaque jour à la rencontre des sinistrés, les annonces se multiplient, les centres de réchauffement toujours ouverts répondent aux besoins, de l’aide est envoyée des autres régions en grande quantité, etc.

Ça n’allait pas aussi bien au milieu de la semaine dernière.

Des maires suppliaient l’Organisation des mesures d’urgence du N.-B. de leur apporter de l’aide. Des communautés s’inquiétaient de devoir attendre des jours avant d’obtenir des ressources supplémentaires sur le terrain. L’armée a été appelée à intervenir sur le tard. Énergie NB semblait manquer de bras pour résoudre tous les problèmes.

De ce côté, il est rassurant d’apprendre que le gouvernement Gallant fera un examen public (page 2) afin d’évaluer la réponse des autorités après la tempête, le tout ponctué d’assemblées publiques qui permettront aux sinistrés d’exprimer leurs griefs ou de proposer des solutions.

Si le gouvernement provincial et Énergie NB tirent des leçons de cet événement et réussissent à faire mieux et plus rapidement la prochaine fois, nous serons tous gagnants.