Une tape sur l’épaule

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau s’est laissé désirer. Sa visite à Néguac et à Lamèque a néanmoins été une réussite, tant du point de vue politique que dans le coeur des sinistrés.

La crise du verglas a officiellement pris fin dimanche, quand les équipes d’Énergie NB ont rebranché le dernier client à avoir perdu l’électricité à la suite de la tempête de verglas tombée en Acadie, les 24 et 25 janvier.

La crise aura duré 12 jours.

Malheureusement, nous n’avons pas eu droit à une embellie. Dès lundi, la neige et le froid se sont mis de la partie dans l’est de la province, si bien qu’en fin d’avant-midi, plus de 150 clients se retrouvaient à nouveau sans courant, la presque totalité dans les limites de la Péninsule acadienne. Ils doivent être très nombreux, tant au sein de la population que dans les bureaux d’Énergie NB, à avoir très hâte au retour du printemps.

Être victime d’une panne d’électricité sur une aussi longue période, être forcé à vivre dans le noir et le froid ou encore devoir se résoudre à déménager dans un centre de réchauffement pendant plusieurs jours, finit à la longue par avoir un impact négatif sur le moral.

À ce sujet, la visite de Justin Trudeau dans la Péninsule acadienne a eu pour plusieurs l’effet d’un baume.

Il est dommage que le premier ministre du Canada ait pris autant de temps à se déplacer dans notre région. La crise était sur le point de se terminer quand il est enfin venu.

En tant que chef du gouvernement, M. Trudeau est évidemment tributaire d’un horaire extrêmement chargé, qu’il ne peut sans doute pas modifier à sa guise.

Néanmoins, de timides critiques avaient commencé à se faire entendre, en laissant entendre que Justin Trudeau semblait plus pressé à venir en Acadie l’été, en plein 15 août, que dans les moments plus difficiles.

Notons aussi que Justin Trudeau s’est déplacé les mains vides. Il n’a pas annoncé de programme d’aide, se contentant de dire que son gouvernement sera présent pour appuyer les citoyens alors que ceux-ci se remettent de la crise.

Pourtant, vous ne trouverez pas une majorité de personnes dans les zones touchées par la tempête pour dire publiquement qu’elles sont insatisfaites de la visite du chef libéral.

Pourquoi? Parce que Justin Trudeau a fait exactement ce qu’on attendait de lui en allant à la rencontre de simples citoyens. Sa popularité a fait le reste.

Il existe un mythe voulant que Justin Trudeau soit un accro aux égoportraits (les selfies), un peu comme s’il se promenait partout avec un téléphone cellulaire à la recherche d’une occasion de se prendre lui-même en photo.

C’est d’ailleurs souvent de cette manière qu’il est caricaturé.

Mais dans les faits, ce sont plutôt les gens qui veulent se faire prendre en photo avec M. Trudeau. On l’a encore vu à Néguac et à Lamèque, alors que le premier ministre pouvait à peine faire quelques pas sans se faire apostropher par quelqu’un désireux d’immortaliser sa brève rencontre avec le premier ministre du Canada.

Comme à l’habitude, M. Trudeau a joué le jeu. Ces bains de foule stressent sûrement beaucoup les responsables de sa sécurité, mais  ils font des miracles auprès de ses partisans, avec une serrée de main bien sentie par ici, quelques mots de réconfort par là, et bien sûr de multiples photos.

Après dix jours (à ce moment-là) à vivre dans des conditions difficiles, de nombreuses victimes du verglas avaient besoin d’un tonique pour se faire remonter le moral. C’est exactement ce qu’ils ont reçu.

Justin Trudeau n’a pas été avare de commentaires positifs. Il a vanté la force et la résilience du peuple acadien dans les moments les plus difficiles. Il a remercié les citoyens, les bénévoles, les travailleurs, les soldats ainsi que ceux et celles qui ont donné l’exemple en venant en aide aux personnes les plus vulnérables. Sa déclaration aux Acadiens («Vous êtes extraordinaires») a été applaudie et reprise à satiété dans les jours qui ont suivi.

Quoi qu’en pense le chef progressiste-conservateur du N.-B., Blaine Higgs, qui a refusé d’aller à la rencontre des réfugiés du froid pour ne pas donner l’impression de tirer un avantage politique de la crise, un brin d’empathie et de solidarité est parfois le bienvenu.

Justin Trudeau tirera peut-être profit de sa visite tardive dans la Péninsule acadienne. Mais ceux qui l’ont reçu ne sont pas à la veille de lui en tenir rigueur.

Parfois, à court terme, une simple tape sur l’épaule est aussi importante que l’annonce d’un programme d’aide.

N’empêche. Le moment venu, les fonds fédéraux devront tout de même être au rendez-vous.