Les libéraux dépensiers

Au Canada anglais, le Parti libéral a mérité au cours des années un sobriquet en raison de son habitude à créer de nouveaux programmes, spécialement à la veille d’élections: high spending liberals. Un surnom qui se traduit en quelque sorte par «libéraux dépensiers»

Le gouvernement libéral a été à la hauteur de cette expression moqueuse, mardi, lors du dépôt de son troisième budget.

Cathy Rogers mérite toutes nos félicitations après être devenue la première femme de l’histoire du Nouveau-Brunswick à déposer à l’Assemblée législative le budget du gouvernement provincial. Force est toutefois de constater que son budget n’est en rien différent de ceux que ses prédécesseurs de sexe masculin ont proposés par le passé.

D’abord, la bonne nouvelle. Les Néo-Brunswickois ne paieront pas plus d’impôt ou de taxe cette année.

Il faut dire que la Taxe de vente harmonisée (TVH) est déjà passée de 13% à 15% l’année dernière. Ce serait bien le bout que Fredericton ait trouvé une façon d’aller chercher encore plus d’argent dans nos poches, après s’être déjà si généreusement servi.

Selon les chiffres dévoilés dans le budget, l’augmentation de la TVH représente pour le gouvernement provincial une augmentation de ses revenus d’environ 200 millions $ en 2016-2017.

C’est beaucoup d’argent. C’est surtout amplement suffisant pour venir à bout du déficit provincial, qui est estimé à 191,9 millions $ pour la prochaine année fiscale.

Or, la ministre des Finances a choisi de ne pas changer de cap. Les libéraux se sont engagés lors de la dernière campagne à ne pas retrouver l’équilibre budgétaire avant 2020-2021. L’augmentation de taxe décrétée en 2016 n’y changera rien.

C’est là que nous retrouvons nos bons vieux «libéraux dépensiers».

Les recettes du gouvernement Gallant augmenteront de pas moins de 4,1%. Or, les dépenses suivent une courbe semblable, avec une hausse de 3,6%. Pas besoin d’une maîtrise en mathématiques pour deviner que cela aura un impact important sur la dette publique.

Celle-ci dépassera pour la première fois la barre des 14 milliards $. On parle d’environ 700 millions $ qui iront au service de la dette plutôt que de financer nos hôpitaux et nos écoles. À titre comparatif, la dette provinciale était d’environ 6,7 milliards $ en 2006, juste avant l’arrivée au pouvoir d’un autre libéral, Shawn Graham.

Cette tendance n’est pas sur le point de disparaître. En prenant son temps pour dompter la bête, le premier ministre Gallant s’assure de pouvoir déposer l’an prochain un autre budget électoraliste.

Concrètement, que cela signifie-t-il?

D’abord, à peu près tous les postes de dépenses du gouvernement obtiendront plus d’argent.

Évidemment, plusieurs hausses se justifient. Vous ne verrez personne manifester dans les rues parce que les dépenses du ministère de la Santé seront bonifiées de 3,3%, surtout qu’une bonne partie de cet argent frais provient de l’entente négociée avec le gouvernement Trudeau.

En fait, aucune des nouvelles dépenses annoncées n’est inacceptable en tant que telle. C’est quand on les additionne qu’on réalise que le gouvernement abuse encore de l’encre rouge.

Un élément comparatif le démontre fort bien. Les dépenses gouvernementales gonfleront de 3,6% alors que le taux d’inflation de la province tourne généralement autour de 2,5%. Le produit intérieur brut de la province n’augmentera que de 0,6% dans la prochaine année financière, selon les chiffres dévoilés dans les documents budgétaires.

Bref, Fredericton dépense comme si nous étions en période de prospérité, alors que c’est loin d’être le cas.

Ce n’est pas la façon la plus responsable de gérer nos fonds publics, quoiqu’en dise Cathy Rogers, qui vante son approche équilibrée.

Personne ne s’attendait à ce que Brian Gallant décrète une ère d’austérité. Celui-ci ne cache d’ailleurs pas sa vision à ce sujet, ayant déclaré publiquement et à plusieurs reprises qu’il ne rencontre jamais, dans ses tournées publiques, de citoyens qui réclament moins de services au profit d’une stratégie plus robuste contre le déficit.

Néanmoins, nous aurions aimé voir son gouvernement gérer les finances publiques avec plus de prudence. Du point de vue fiscal, cela ne donne rien à long terme d’aller chercher plus de revenus si cela a surtout pour conséquence d’augmenter les dépenses et la dette.

Le budget Rogers n’a pas comme principal objectif de préparer l’avenir. Il a plutôt pour but de mettre la table en prévision des prochaines élections.