Privatisation? Non merci

Fredericton souhaite confier au secteur privé la gestion de l’entretien ménager, de l’alimentation et des préposés au transport des malades à l’intérieur de nos hôpitaux. L’ennui, c’est que nous ne voyons toujours pas ce que le gouvernement, les contribuables et – surtout – les patients y gagneront.

Les habitués de la section éditoriale de l’Acadie Nouvelle savent que nous n’appuyons pas nos positions sur des dogmes ou sur des idéologies. La défense des intérêts de nos lecteurs et des communautés acadiennes guident d’abord et avant tout notre vision.

Nous l’avons déjà écrit par le passé, personne ne devrait déchirer sa chemise à l’idée que le secteur privé gagne une plus grande place dans notre système de santé. Si cela ne se fait pas au détriment des patients et qu’en prime, nous pouvons économiser des dollars qui serviront à financer de meilleurs soins, nous n’y voyons aucun inconvénient.

D’ailleurs, ce n’est pas comme si le privé ne s’était jamais montré le bout du nez près de nos hôpitaux. Jusqu’à la création d’Ambulance NB en 2007, le transport d’urgence était la responsabilité d’agences et – oui oui! – d’entreprises privées. Le système ne s’était pas écroulé.

Dans le même esprit, accorder à l’entreprise française Sodexo le contrat des cafétérias, de nourrir les patients alités, de les transporter d’un secteur à l’autre et de nettoyer les chambres et les corridors ne doit pas être vu comme étant une attaque contre l’accessibilité aux soins. Vous n’êtes pas sur le point de devoir réhypothéquer votre maison pour rembourser la facture d’une opération à la hanche.

Cela ne signifie toutefois pas qu’il faille privilégier le privé chaque fois que cela est possible. Au contraire. Quand le gouvernement décide d’arracher un service déjà offert par le secteur public au profit d’une entreprise privée, il a le devoir de démontrer hors de tout de doute les avantages que cela offrira à notre système de santé.

Il a échoué ce test.

Du strict point de vue financier, l’entente ne semble pas très avantageuse. Le Réseau de santé Vitalité a révélé avoir fait une contreproposition qui permettrait à la province de générer des économies additionnelles de presque 3,5 millions $ sur 10 ans comparativement à ce que prévoit le contrat avec le géant français.

Cette solution a été rejetée, puisque les économies promises par Sodexo sont garanties par contrat alors que celles promises par Vitalité ne le sont pas.

Ce n’est pas tout.

Tant la nourriture que l’entretien ménager font partie, à notre avis, des soins aux patients. La qualité du nettoyage des chambres est directement liée au taux d’infections contractées dans un établissement de santé. Et inutile d’insister sur le fait que des repas sains et nutritifs contribuent à la remise sur pied des usagers du service de santé.

Nous ne voulons pas sous-entendre que Sodexo est incapable de nettoyer convenablement une salle de bain dans une chambre d’hôpital ou qu’elle n’offre pas de la nourriture de qualité.

Le Réseau de santé Vitalité juge toutefois qu’il est le mieux placé pour effectuer ces tâches et offrir de la nourriture saine à ses clients.

Nous ne disposons pour le moment d’aucune donnée qui nous permette de croire le contraire. Surtout, le ministre de la Santé Victor Boudreau n’a pas réussi à démontrer qu’il existe un problème et que le privé est la solution.

Il est inquiétant de constater que cela semble vouloir s’inscrire dans une volonté de Fredericton de confier un maximum de services à des agences ou à des entreprises de l’extérieur du réseau.

Les services de buanderie sont gérés par Service NB. L’année dernière, le ministère de la Santé a signé un protocole d’entente avec l’entreprise Croix Bleue Medavie en vue d’intégrer le programme Extra-Mural, Télé-Soins et Ambulance NB sous une seule entité. Et maintenant, il y a ce contrat sur le point d’être signé avec Sodexo malgré les réserves et les économies proposées par la régie francophone de la santé.

Toutes ces mesures sont implantées à la pièce, sans réel débat public et sans la démonstration absolue que cela ne se fera pas au détriment de nos patients.

Il est à se demander s’il ne s’agit pas d’une tentative d’affaiblir délibérément les réseaux de santé Vitalité et Horizon en leur enlevant la gestion d’un maximum de services, comme l’a sous-entendu le secrétaire d’Égalité santé en français, Jacques Verge, dans les médias sociaux ces derniers jours.

Le gouvernement libéral ne réussit pas à démontrer que Sodexo peut faire mieux et à meilleur prix que le Réseau de santé Vitalité. C’est pourquoi nous croyons qu’il fait erreur en privatisant ce secteur d’activité de nos hôpitaux.

Le ministre Boudreau doit reculer. Il y a trop d’inquiétudes et trop de questions en suspens pour imposer de cette manière des changements aussi importants et qui toucheront directement les patients.