Des élèves désavantagés

Le pénible hiver qui se termine ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Au revoir verglas, bordées de neige de 50 cm, grands froids et blizzards.

À moins d’un toujours possible soubresaut météorologique de type «tempête de la Saint-Patrick», cela signifie que l’horaire des écoliers a plus ou moins fini d’être bousculé cette saison.

Heureusement, car dans certains cas, ceux-ci ont beaucoup de retard à rattraper.

Un décompte effectué par le District scolaire francophone Nord-Est à la demande de l’Acadie Nouvelle révèle que les enfants de la Péninsule acadienne ont déjà raté 14 jours d’écoles.

La majorité de celles-ci ont été perdues pendant la crise du verglas. Ce nombre élevé n’est pourtant pas exceptionnel. Il y a deux ans, les mêmes élèves avaient perdu pas moins de 17 journées de classe.

Cela nous pousse une nouvelle fois à nous interroger à propos de l’impact de cette situation sur l’apprentissage de nos enfants et sur le sérieux du milieu scolaire (districts, écoles, syndicat et ministère) à trouver des solutions.

Chaque fois que des parents et les journalistes posent des questions à ce sujet, la réponse du syndicat est toujours la même: les enseignants sont des professionnels capables de s’adapter; ils s’assurent que les enfants apprennent quand même la matière pédagogique.

Cette phrase est à la fois un leitmotiv et une position syndicale. Elle est répétée inlassablement par l’Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick et ses membres, tant en entrevue que sur les médias sociaux.

Il est difficile de la contester sans avoir l’air de remettre en question les compétences desdits enseignants (ce qui n’est évidemment pas l’objectif). La phrase met aussi fin à toute forme de discussion. «Faites-nous confiance, nous sommes des professionnels, cessez de vous inquiéter.»

Sauf que les enseignants des régions moins touchées par les tempêtes sont eux aussi des professionnels. Cette année par exemple, les écoles du Restigouche n’ont été fermées que quatre jours pour cette raison. Les enfants ont donc déjà passé en classe 10 jours de plus que ceux de la Péninsule acadienne. Nous ne doutons pas que les enseignants restigouchois ont bien utilisé ce temps à leur disposition.

Il n’y a rien de magique. Soit les élèves de la Péninsule auront appris à la fin de l’année scolaire moins de matière que ceux des autres régions, soit ils auront eu droit à une version condensée qu’ils auront dû assimiler plus rapidement. Dans les deux cas, ils sont perdants.

Les solutions ne sont cependant pas simples.

Certains souhaiteraient qu’on annule tout bonnement le congé de mars quand les circonstances l’exigent. Mais allez annoncer à quelques jours d’avis aux employés des écoles ainsi qu’aux parents qui ont planifié des vacances pendant cette période qu’ils doivent tout annuler. On se retrouverait avec des classes à moitié vides, des parents en colère et une crise syndicale sur le dos.

D’autres souhaiteraient que les journées pédagogiques soient annulées ou reportées à l’été.

Mais celles-ci ont leur importance. Elles n’ont pas été négociées pour le plaisir. De plus, ces formations ont un plus grand impact sur les élèves quand elles sont données au personnel pendant l’année scolaire que si elles étaient offertes, disons, à la mi-juillet.

Enfin, on ne peut pas réclamer d’une part que notre système scolaire fasse aussi bien que ceux des autres juridictions au Canada et dans le monde, mais annuler d’autre part les ateliers de formation aussitôt qu’un peu de neige empêche les autobus de se déplacer.

C’est sans oublier que la météo n’est pas la même partout. À la longue, l’enseignant de Fredericton aurait droit à plus de formations que celui de Shippagan, parce que sa région est moins souvent touchée par les tempêtes de neige. Ça ne tient pas la route.

Néanmoins, il est clair que le système est trop rigide. Tout le monde a les mains liées et personne ne peut rien faire, ou presque.

Il faut que le système puisse s’ajuster les années où la météo fait des siennes sans que cela se fasse au détriment des enfants. Pour cela, il faudra de la volonté et de l’ouverture, tant de la part du ministère de l’Éducation que de l’Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick. Il ne sert à rien d’essayer de négocier un compromis à la pièce comme cela a été tenté il y a deux ans.

C’est en mettant le sujet à l’ordre du jour lors de la négociation de la prochaine convention collective que des pistes de solution pourront être trouvées, si bien sûr tel est l’objectif de toutes les parties autour de la table.