Et tombe la neige sur nos écoles

Nous vivons dans un pays nordique. Neige, verglas et froid font partie de notre quotidien. Voilà pourquoi il est si surprenant qu’aucune mesure particulière ne soit prise quand la météo fait des siennes et que les congés scolaires forcés s’accumulent.

Des dizaines d’écoles francophones ont fermé leurs portes, mercredi, en raison de la pluie. Dans la Péninsule acadienne, il s’agissait déjà de la 15e journée de classe annulée en raison des conditions météorologiques. C’est dix de plus que dans d’autres régions moins touchées par les éléments.

Nous avons expliqué en éditorial mardi que cela a un impact sur les conditions d’apprentissage de nos enfants.

Évidemment, la matière de base continue d’être enseignée. Le problème, c’est que les enfants qui vivent dans les régions plus souvent frappées par les tempêtes ont moins de temps pour l’assimiler.

De plus, les enseignants doivent se concentrer sur ce qu’ils appellent les «compétences essentielles». Cela signifie que certaines matières, qui auraient dû être présentées en aperçu aux élèves avant d’être approfondies l’année suivante, sont mises de côté.

Cela doit changer. Il n’est pas normal que les enfants d’une région plus enneigée ait de moins bonnes possibilités d’apprentissages que les autres.

Cette année, le District scolaire francophone Nord-Est s’en est bien tiré. La crise du verglas (écoles fermées pendant 10 jours) est survenue une année où les tempêtes n’ont pas été particulièrement nombreuses.

S’il avait fallu que la crise frappe il y a deux ans, quand des élèves ont manqué pas moins de 17 journées d’école, on voit mal comment les professionnels de l’enseignement auraient pu s’adapter sans sacrifier de grands pans de leur programme.

Historiquement, le syndicat des enseignants n’aime pas discuter de ce sujet.

On le comprend. Ses membres se sont battus longtemps pour que leur formation soit offerte durant l’année scolaire et non pendant leurs vacances. Ils ne verraient pas d’un bon oeil de perdre des acquis importants, par exemple en étant forcés de travailler pendant la semaine de relâche ou en voyant leur année scolaire se prolonger jusqu’en juillet.

Heureusement, il existe d’autres idées, dont certaines sont déjà en oeuvre dans d’autres juridictions.

La première est une gestion plus flexible des congés décrétés en raison de la météo. Il arrive souvent que le district scolaire annonce la fermeture des classes à 6h, seulement pour voir la température s’améliorer plus tard dans l’avant-midi. Les routes sont alors déneigées, si bien que rien n’empêcherait les autobus d’aller chercher les élèves. Ceux-ci ne perdraient alors qu’une demi-journée de cours.

L’ouverture des classes pourrait aussi, dans certains cas, être retardée d’une heure ou deux. Combien de fois la fermeture a-t-elle été décrétée pour que les parents découvrent ensuite que la tempête prévue ne s’est jamais matérialisée?

Cela demanderait un peu plus d’organisation pour aviser la population et le personnel scolaire. Ce ne sont toutefois pas les médias traditionnels et sociaux qui manquent pour jouer ce rôle.

Les districts organisent l’équivalent d’une à deux demi-journées par mois qui permettent aux enseignants d’échanger sur leurs méthodes pédagogiques. Une option pourrait être de planifier certaines de ces journées afin qu’elles aient lieu l’après-midi suivant la fermeture des classes à la suite d’un grand froid matinal ou d’une bordée de neige qui a cessé en milieu d’avant-midi. Cela permettrait de dégager ensuite plus de temps d’enseignement.

Une autre proposition serait d’identifier le nombre de journées perdues à l’issue desquelles la situation commence à être problématique. Certaines juridictions aux États-Unis imposent un système «un pour un», c’est-à-dire que chaque journée perdue en raison de la météo doit être reprise à la fin de l’année scolaire.

Il n’y a aucune chance qu’une mesure aussi extrême soit acceptée au Nouveau-Bruns­wick. Mais une règle pourrait être imposée selon laquelle chaque journée perdue à la suite d’une certaine limite (10? 15?) doit absolument être reprise.

Cela limiterait le décalage du nombre de jours de classes entre les régions, mais sans imposer à certains employés scolaires de travailler trois semaines ou un mois de plus que leurs collègues privilégiés par Dame Nature.

Par ailleurs, rien n’empêche le ministère de l’Éducation et le syndicat de voir ce qui se fait ailleurs ou d’innover.

Une chose est certaine: toute amélioration devra se faire dans le cadre du renouvellement de la prochaine convention collective. Comme dans chaque négo, des compromis devront être faits de part et d’autre. La flexibilité réclamée au personnel enseignant pourrait coûter cher au trésor public.

N’empêche, si tout ce beau monde fait de cet enjeu une priorité, ils trouveront des solutions satisfaisantes pour tous. N’attendons pas une future crise du verglas qui s’étirerait sur un mois avant de nous demander comment nous assurer que nos élèves passent un maximum de temps à apprendre.