Cruel rappel à l’U de M

Jour après jour, le cauchemar se poursuit pour une étudiante de l’Université de Moncton victime d’une cyberattaque d’une ampleur et d’une méchanceté sans précédent au Nouveau-Brunswick.

Depuis le 25 février, date à laquelle le premier message malveillant a été envoyé, pas moins d’une dizaine de courriels compromettants ont été partagés avec la communauté universitaire. Des messages qui contenaient des photos intimes d’une étudiante, des liens menant vers des vidéos, etc.

L’horreur. Le genre de chose qu’on ne souhaite pas à son ennemi.

Pire, il s’agit de l’horreur en continu. Chaque jour, de nouveaux messages sont envoyés. Personne ne sait quand – ou si – cela s’arrêtera.

Chaque matin, une jeune femme se lève sans savoir ce qui l’attend, en ignorant quelle nouvelle vidéo sera partagée, soit par courriel, soit sur l’un des sites pornographiques qui pullulent sur le web et qui sont fréquentés par des millions de personnes.

Peu importe l’aide morale, juridique et psychologique qui est apportée à la victime, nous invitons l’Université de Moncton, la communauté universitaire et les autorités à l’intensifier. Cette femme vit une tragédie. Elle a besoin d’être appuyée.

La direction de l’université a réalisé des progrès dans les derniers jours. Ses informaticiens travaillent sans relâche pour bloquer les courriels et éliminer rapidement ceux qui passent entre les mailles du filet.

Malheureusement, comme c’est trop souvent le cas quand elle vit une crise, l’U de M n’a pas su au départ comment réagir. La voix du bon sens est plutôt venue de la FÉÉCUM (la fédération étudiante), qui a rapidement exigé que le système de courriels de l’établissement soit fermé en attendant que ce scandale prenne fin.

Le recteur Raymond Théberge a refusé d’accéder à cette demande, affirmant que l’université est un «milieu de liberté d’expression» et qu’agir ainsi reviendrait à dire à l’agresseur qu’il a gagné.

Ce sont de beaux principes. Mais ceux-ci font abstraction de ce qui aurait dû être la priorité absolue de la direction, soit de protéger par tous les moyens la victime. Et quoiqu’en pense le recteur, la façon de la plus efficace d’agir aurait été d’interdire temporairement l’accès aux courriels.

Comprenons-nous. À ce moment-ci, il commence à être tard pour imposer une telle mesure. Les premiers courriels ont été visionnés par des centaines, sinon des milliers de personnes. Le système est désormais surveillé de très près, si bien que la plupart des messages de l’agresseur sont maintenant éliminés assez rapidement.

Mais ce n’était pas le cas au début la crise. C’est pourquoi l’Université de Moncton aurait dû dans les premiers jours complètement geler l’accès aux courriels, le temps de mettre en place une stratégie efficace.

La direction universitaire ne l’a pas fait, préférant se draper dans ses principes. C’est une importante erreur de jugement.

Tout porte à croire que la véritable raison derrière cette décision est le fait que la direction a été dépassée par les événements.

On l’a vu dans sa stratégie de communication. Le jeudi 2 mars, alors que le recteur aurait dû être en train de se faire rassurant et d’expliquer les mesures prises pour résorber la crise, le service des communications annonçait plutôt qu’il ne répondrait plus aux questions des journalistes «pour ne pas nuire à l’enquête de la GRC».

Quelques heures plus tard, le recteur accordait tout de même une entrevue à sa sortie de l’avion, à l’aéroport Roméo-LeBlanc. Puis, le lendemain, il participait à une conférence de presse.

Tout cela sent l’improvisation à plein nez.

Cela étant dit, soyons quand même nuancés dans nos critiques.

L’Université de Moncton n’est pas derrière les envois des courriels pornographiques ni de la production des photos et des vidéos. Elle doit gérer une crise inédite qu’elle n’a pas créée et qui ne se terminera pas tant que le responsable (qui vit vraisemblablement sur un autre continent) n’aura pas été écroué derrière les barreaux.

Par ailleurs, l’occasion est bonne pour les parents d’aborder un sujet inconfortable avec leurs adolescentes et adolescents, à propos des menaces du web ainsi que du danger de faire entièrement confiance à un amoureux, au point de se laisser prendre en photos ou de le laisser produire des vidéos intimes. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve.

Il ne s’agit pas ici de montrer la victime du doigt. Elle n’a rien à se reprocher et n’a pas à être jugée. Il n’y a qu’un seul coupable dans cette histoire et nous espérons que la police lui mettra bientôt la main au collet.

Malheureusement, l’action de ce dernier agit comme un cruel rappel que le monde peut être dangereux et qu’il importe de ne pas se placer en position vulnérable.