Une réforme pour réparer ce qui n’est pas brisé

Le rapport n’a pas fait jaser autant que la crise des courriels de l’Université de Moncton, mais ça n’enlève rien à son importance. La Commission sur la réforme électorale mise sur pied par le gouvernement Gallant propose de modifier notre mode de scrutin. Ce n’est pas rien.

Nous retrouvons des choses fort intéressantes dans le rapport des commissaires, lequel vient tout juste d’être dévoilé.

Nous applaudissons en particulier la recommandation d’accorder le droit de vote aux personnes âgées de 16 et de 17 ans avant les prochaines élections provinciales, une mesure que l’Acadie Nouvelle défend en éditorial, surtout si celle-ci s’accompagne d’un accompagnement accru dans les écoles.

Parmi les autres recommandations les plus prometteuses, notons aussi cette volonté des commissaires d’éliminer progressivement les dons des entreprises et des syndicats après les élections de 2018 et de réduire la limite des dons d’argent aux partis politiques.

Toute initiative qui permet de réduire un tant soit peu l’influence de l’argent sur la politique mérite qu’on s’y attarde.

De plus, la commission souhaite que les partis politiques reçoivent des incitatifs financiers afin qu’ils présentent davantage de candidatures féminines. La technique de la carotte produit historiquement de moins bons résultats que celle du bâton, mais il faut bien commencer quelque part. Cela permettrait une plus grande reconnaissance du problème de représentation des femmes en politique en plus de créer une obligation morale de résultat.

La principale recommandation de la commission reste toutefois l’adoption d’un mode de scrutin préférentiel pour l’élection des députés.

Cette suggestion a-t-elle été téléguidée par les libéraux au pouvoir à Fredericton, qui ne cachent pas privilégier cette formule? Ou s’agit-il d’une heureuse coïncidence que les commissaires appuient le même type de scrutin que celui défendu par le gouvernement? Difficile à dire, mais le fait demeure que cette recommandation fera plaisir au premier ministre Brian Gallant.

Nous hésitons toutefois à embarquer dans ce train. Malgré leurs efforts, les commissaires ne nous ont pas convaincus que notre mode de scrutin actuel (le candidat qui obtient le plus de votes est automatiquement élu) est mauvais et qu’il faut le changer.

La commission soutient qu’il ne s’agirait que d’une modification mineure et que celle-ci permettrait de faire sentir aux électeurs que leur voix compte. Surtout, elle fait l’erreur de soutenir que le système préférentiel produirait des résultats plus légitimes.

C’est faux.

Notre mode de scrutin actuel est accepté par la population d’un océan à l’autre. Les députés qui gagnent leur siège avec moins de 50% des voix n’ont pas une moins grande reconnaissance des électeurs que ceux qui dépassent cette barre symbolique. Le système est légitime depuis longtemps au sein de l’électorat et de la classe politique, si bien qu’un député élu avec un seul vote d’avance jouira du même respect et de la même crédibilité qu’un autre qui a triomphé avec une mégamajorité.

Nous postulons au contraire que les résultats obtenus avec un vote préférentiel risquent d’être plus controversés.

En effet, celui-ci permet aux électeurs d’inscrire sur le bulletin de vote leur préférence pour chacun des candidats. Si le candidat le plus populaire n’obtient pas la majorité absolue des voix, le candidat le moins populaire est éliminé et le deuxième choix de ceux qui avaient d’abord voté pour lui est ajouté au total des voix.

Une personne qui termine 2e ou 3e pourrait donc être élue quand même, grâce aux deuxièmes choix de ceux qui ont d’abord voté pour le représentant d’un tiers parti. Ils seront nombreux à y voir un tour de passe-passe visant à favoriser encore plus les partis centristes, à commencer par le Parti libéral.

En fait, le principal problème de la démocratie néo-brunswickoise est qu’elle laisse peu de place aux tiers partis (NPD, Parti vert, Alliance des gens) et aux femmes. Le NPD, par exemple, obtient régulièrement autour de 10% des intentions de vote, mais n’a jamais fait élire plus qu’un seul candidat.

La façon de régler ce problème serait d’instaurer la proportionnelle. Les formations politiques rendraient publique une liste de candidats et de candidates. Si le parti obtient 40% des voix, il fait élire ce pourcentage de ses candidats.

La Commission sur la réforme électorale a rejeté ce changement jugé trop abrupt pour l’électorat. Le gouvernement Gallant ne semble pas non plus y trouver un quelconque intérêt.

Dans ces conditions, nous croyons qu’il est préférable de conserver le statu quo. Notre système de votation a fait ses preuves et jouit de l’appui ainsi que du respect de la population. Il n’y a pas suffisamment de bonnes raisons pour le jeter à la corbeille au profit d’un mode préférentiel peu connu et mal compris de la plupart des Néo-Brunswickois, et qui risque de causer d’autres problèmes en essayant de régler ceux déjà existants.