C’est notre tour

La recherche, l’innovation et le Nouveau-Brunswick ne font pas bon ménage. Il existe des histoires à succès, mais trop souvent, on parle plutôt d’exceptions qui confirment la règle.

Il y a un an et demi, le Conference Board du Canada a publié un classement de 26 pays et provinces canadiennes dans le but d’évaluer leur performance en matière d’innovation. Onze indicateurs avaient été utilisés et répartis en trois catégories: la capacité, l’activité et les résultats.

Personne ne sera surpris d’apprendre que les trois provinces canadiennes les plus populeuses (l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britan­nique) s’étaient le mieux classées. Elles se partagent chaque année la majorité de la cagnotte fédérale dédiée à la recherche et au développement. De son côté, le Nouveau-Brunswick avait terminé à la queue du classement. Nous étions la seule région à ne pas décrocher de «A» ou de «B» sur aucun indicateur.

Cela ne signifie pas que nos chercheurs sont moins bons ou qui ne se passe rien dans ce domaine au N.-B. Néanmoins, il y a des limites à vouloir dorer la pilule. Nous étions bons derniers en septembre 2015 et nous le sommes fort probablement encore aujourd’hui.

Cela a des conséquences et des répercussions à long terme.

L’Ontario est la principale bénéficiaire des fonds d’innovation du gouvernement fédéral. Cela a un impact sur les priorités. C’est ainsi qu’en 2008, Ottawa a mis sur pied le Fonds d’innovation pour le secteur automobile. Les constructeurs automobiles ont ainsi reçu des prêts sans intérêt pour un total de plus d’un demi-milliard de dollars. Mieux encore, depuis le début de l’année, ce fonds accorde désormais des subventions non remboursables, comme le rappelait La Presse plus tôt ce mois-ci.

Bref, être branché sur le robinet des subventions à l’innovation peut être très payant, autant à court terme pour ceux qui font de la recherche qu’à long terme pour l’économie.

Heureusement, les nouvelles ne sont pas toutes sombres au Nouveau-Brunswick. Nous comptons aussi quelques organismes de recherche et ceux-ci viennent d’apprendre une nouvelle inespérée. En effet, Ottawa injectera pas moins de 325 millions $ dans le Fonds des pêches de l’Atlantique.

L’argent sera dépensé sur une période de trois à sept ans et sera partagé entre les quatre provinces de l’Atlantique.

Une partie (au minimum 30 millions $) servira aussi à faire la promotion de nos produits de la mer sur les marchés internationaux.

Dans ces circonstances, impossible de savoir combien d’argent recevront les chercheurs du Nouveau-Brunswick. Rien n’assure par exemple que l’argent sera divisé au prorata de la population.

Détail intéressant, le fédéral exige que l’argent serve directement à stimuler l’innovation dans le secteur des pêches. Il devra y avoir un lien entre la recherche scientifique et les résultats dans les usines ou sur les bateaux.

L’idée n’est pas vilaine. L’industrie des pêches n’est pas traditionnellement un leader dans le domaine de l’innovation. Les besoins sont nombreux et pressants.

Notre chroniqueuse France Daigle avait bien résumé l’enjeu dans un texte publié dans l’Acadie Nouvelle, il y a pratiquement un an jour pour jour. Dans une chronique intitulée Une industrie en mal de renouvellement, elle a rappelé sa brève expérience à titre de travailleuse dans une usine de transformation des produits de la mer, en 2014.

Elle expliquait que la manière d’oeuvrer dans ces usines n’avait pas beaucoup évolué depuis les débuts. «Je gage qu’une personne ayant travaillé dans une usine de homard il y a 60 ans ne serait aucunement dépaysée si elle y retournait aujourd’hui», avait-elle écrit dans nos pages.

Elle n’a sans doute pas tort. À la suite de l’annonce de l’investissement de 325 millions $ du fédéral, le président de l’Association des transformateurs de homard du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, Jerry Amirault, a confirmé qu’il n’est pas évident d’automatiser la transformation de ce fruit de mer. «La technologie et l’innovation sont rares», a-t-il précisé.

Ajoutons que si un jour, de nouvelles technologies qui profiteront à nos pêcheurs ou à nos travailleuses d’usine devaient être développées, ce ne le sera sans doute pas dans un laboratoire de Toronto ou de Calgary.

Ce Fonds des pêches de l’Atlantique semble à première vue taillé sur mesure pour une organisation comme l’Institut de recherche sur les zones côtières, basé à Shippagan. Nous ne doutons pas que nombreux projets et dossiers dorment sur ses tablettes, en attendant d’obtenir suffisamment de financement.

Ces millions de dollars sont de l’argent frais. Ils représentent une occasion unique de faire progresser à la fois le milieu de la recherche dans notre coin de pays ainsi que celui des pêches et de l’aquaculture. Nous espérons voir les retombées se faire sentir dès les prochaines années dans les navires, dans les usines et dans les communautés côtières.

La recherche, c’est payant. Et cette fois, c’est  à notre tour d’en profiter.