Pokemouche ou Shippagan?

Le combat de parents de Pokemouche pour préserver leur privilège d’envoyer leurs enfants dans un établissement scolaire plus populeux à Shippagan nous ramène au grand débat sur la survie des petites écoles. Et surtout, s’il faut les protéger à tout prix de la fermeture.

L’école La Rivière de Pokemouche ne compte qu’un peu plus de 90 élèves. C’est bien peu. En vertu des politiques du ministère de l’Éducation, qui exige des études de faisabilité pour les établissements qui comptent moins de 100 élèves, son avenir est loin d’être assuré.

Sa position est fragilisée du fait qu’une vingtaine d’enfants de la région, qui devraient normalement fréquenter La Rivière, se rendent plutôt à Shippagan, avec la bénédiction du district scolaire qui leur offre même le transport en autobus.

Vous pouvez évidemment faire le calcul. Si ces 20 élèves fréquentaient plutôt les classes de Pokemouche, la population scolaire de l’endroit dépasserait le chiffre magique de 100. Aucune étude de faisabilité ne serait décrétée. L’épée de Damoclès disparaîtrait, du moins pendant quelques années.

C’est sans doute principalement pour cette raison que le Comité parental d’appui à l’école de Pokemouche exige désormais que le District scolaire francophone Nord-Est cesse de faciliter la vie aux parents qui souhaitent faire éduquer leurs jeunes à Shippagan.

Pour conserver une école ouverte avec si peu d’enfants, la communauté doit accepter des compromis, y compris des classes multiâges. Des études démontrent que celles-ci ont une influence positive et qu’elles favorisent la socialisation, l’autonomie ainsi que l’acquisition de connaissances.

Sur le plancher des vaches, ce n’est toutefois pas toujours aussi clair. Une mère de famille qui a mené le combat il y a une décennie affirme avoir vu son fils subir les conséquences d’une classe combinée. «Quand il est arrivé à la polyvalente de Shippagan, il avait du retard par rapport aux autres.»

Ce n’est pas un cas isolé.

L’année dernière, les parents de Pointe-Verte, à la suite d’une vaillante lutte, ont accepté la fermeture de l’école à la fin de l’année scolaire en cours. L’école de 36 élèves était divisée en deux classes (maternelle à 4e année et 5e à 8e année). Les autorités scolaires ont alors expliqué aux parents manquer de ressources pour assurer un enseignement de qualité.

Depuis que la fermeture a été confirmée, les enfants ont bénéficié de ressources pédagogiques supplémentaires afin de s’assurer qu’ils soient à niveau quand ils fréquenteront leur nouvelle école à Petit-Rocher, en septembre.

C’est sans oublier que les plus petits établissements ont de plus petits budgets et offrent donc moins d’activités scolaires. Pour de nombreux parents, cela a toute son importance.

Un autre élément dont il faut tenir compte est la préférence des conseils d’éducation des districts de la province en faveur des écoles de plus grande taille.

S’ils avaient carte blanche, il est probable que la plupart des écoles de moins de 100 élèves auraient été fermées depuis longtemps au Nouveau-Brunswick.

En acceptant de transférer de Pokemouche à Shippagan de nombreux enfants, le district a tenu compte des inquiétudes de certains parents. Mais il l’a fait aussi en sachant que cela allait accélérer la dépopulation de l’école La Rivière et probablement devancer de quelques années sa fermeture.

Une décision semblable a été prise en 2012 à Bertrand, quand le district scolaire a accepté une demande des parents de Maisonnette de transférer les élèves de cette municipalité à l’école de Grande-Anse. Du même coup, Ola-Léger de Bertrand passait de 110 à quelque 70 élèves.

Au-delà de ces statistiques et de ces considérations, le Conseil d’éducation du District scolaire francophone Nord-Est devra déterminer mardi ce qui est mieux pour les enfants de Pokemouche.

Il y a 10 ans, il a été décidé que les inquiétudes de certains parents étaient légitimes, au point d’offrir le transport scolaire aux enfants de ceux qui réclamaient un transfert vers Shippagan.

Outre le fait que l’école La Rivière de Pokemouche compte désormais moins de 100 élèves, est-ce que d’autres éléments ont changé qui justifieraient que le district revienne sur sa parole?

Il n’y a pas de combat plus noble que celui d’une communauté qui veut sauver son école. Mais quand ces gens se battent pour empêcher d’autres parents de faire ce qu’ils croient être bon pour leur progéniture, cela change bien des choses.

En l’absence d’arguments nouveaux de la part du Comité parental d’appui à l’école de Pokemouche, qui a refusé les demandes d’entrevue de l’Acadie Nouvelle sur ce sujet, nous devons nous fier aux informations qui sont connues. Et celles-ci nous laissent croire que les parents sont dans leur droit de profiter d’un arrangement négocié en bonne et due forme.

À ce point-ci, et à moins que des arguments convaincants finissent par faire surface, nous invitons les autorités à privilégier le statu quo.

Le bien-être des enfants ne doit pas être déterminé en fonction des objectifs de population scolaire d’une école.