L’Acadie mondiale dans le Restigouche-Chaleur

Les régions francophones ou acadiennes des Maritimes qui n’ont pas accueilli le Congrès mondial acadien commencent à se faire rares. Chaleur est l’une d’elles. Un comité s’active pour convaincre les élus de se lancer dans l’aventure. Y parviendra-t-il?

L’organisation d’un Congrès mondial acadien dépend de l’engagement de centaines de bénévoles et exige un budget de plusieurs millions de dollars. C’est un pensez-y-bien.

C’est probablement en raison de l’ampleur du défi que la région Chaleur, dont une bonne partie du territoire est pourtant habitée par une population homogène francophone et qui compte en Bathurst l’une des plus importantes villes du Nord, n’a jamais effectué de tentatives sérieuses pour accueillir l’événement.

Un groupe de citoyens a formé un comité l’an dernier afin de relancer le projet. Ils souhaitent voir leur région accueillir l’Acadie mondiale en 2024. Leurs efforts seront inutiles si les municipalités ne mettent pas leur poids et leurs ressources dans la balance, d’où la campagne de séduction orchestrée par les bénévoles.

Le tricolore étoilé flotte fièrement dans la région Chaleur. On ne peut qu’imaginer l’ampleur d’un Tintamarre officiel du CMA à Petit-Rocher ou à quoi ressemblerait un spectacle d’ouverture grandiose à Bathurst.

Ce n’est pas la première fois que des passionnés rêvent tout haut du jour où ils pourront accueillir la diaspora acadienne en leurs murs.

En 1999, le maire de Bathurst Paul Ouellette, aujourd’hui décédé, s’était rendu en Louisiane assister au Congrès mondial acadien. À son retour, il avait exprimé le souhait de voir un jour une candidature commune mettant en vedette sa municipalité et la Péninsule acadienne.

Il voyait en la Péninsule acadienne l’endroit idéal pour accueillir l’Acadie du monde, avec en complément Bathurst qui aurait offert sa capacité d’hébergement et les services nécessaires pour accueillir les milliers de délégués. Il vantait le fait que plus de 50% de la population de sa cité est francophone.

La vision du maire Ouellette est devenue réalité en 2009, mais sans sa ville. La Péninsule acadienne a organisé le CMA seule, avec le succès que l’on sait.

En 2013, on a cru qu’une candidature allait être officialisée quand Bathurst, sous l’impulsion de la conseillère Susie Roy, a manifesté son intérêt. Les communautés voisines avaient partagé leur enthousiasme. Le dossier n’a toutefois pas progressé.

Les choses seront-elles différentes cette fois-ci? Rien n’est certain.

D’abord, il faut rappeler qu’il n’y a pas de certitude qu’il y aura bel et bien un Congrès mondial acadien en 2024. Celui de 2019 pourrait être le dernier.

La Société nationale de l’Acadie, gardienne des CMA, réfléchit à la pérennité de l’événement, à savoir s’il a accompli la mission pour laquelle il a été créé (développer des liens plus étroits entre les Acadiens dans le monde) et si le moment est venu de passer à autre chose.

Il est peu probable qu’une décision aussi draconienne soit prise, surtout en tenant compte de la popularité de l’événement. Une chose est certaine, des mesures seront adoptées afin de modifier le format du congrès, qui souffre de gigantisme. Ce serait une bonne nouvelle pour Chaleur.

Notons aussi que la plupart des congrès ont eu lieu dans les Maritimes. La Société nationale de l’Acadie jugera peut-être que le moment est venu de déménager l’événement sous d’autres cieux, au Québec, en France ou à nouveau en Louisiane par exemple.

En fait, la meilleure chose à faire serait de ressusciter l’alliance Restigouche-Chaleur, qui avait fait des Jeux d’hiver du Canada un grand succès en 2003.

La SNA a au cours des dernières années privilégié les propositions à cheval sur les frontières. Cela lui permet de limiter les risques en s’appuyant sur une population francophone homogène au Nouveau-Brunswick, tout en explorant de nouveaux horizons.

C’est ainsi que le CMA de 2014 a vu ses activités phares être organisées dans Madawaska-Victoria, au Maine (États-Unis) et au Témis­couata (Québec). Qui n’a pas oublié le symbolisme de l’ouverture officielle à la borne frontalière entre le Nouveau-Brunswick, le Québec et le Maine, sur la rive du lac Beau?

Quant à celui de 2019, il aura lieu dans le sud-est du Nouveau-Brunswick et dans l’Acadie de l’Île-du-Prince-Édouard.

Dans la même veine, un congrès avec des rassemblements à Bathurst, à Petit-Rocher, à Campbellton, à Dalhousie, à Saint-Quentin et même pourquoi pas dans toute la région de la baie des Chaleurs (y compris la Matapédia) apparaît à première vue très séduisant.

Mais nous sommes encore loin de ce jour. La première chose à faire pour les élus de Chaleur est de montrer un intérêt fort pour le projet et d’y accorder des ressources. À quelques reprises par le passé, ils ont appuyé l’idée, mais sans aller plus loin.

Il est temps de passer pour la première fois à la prochaine étape. L’occasion est trop belle de resserrer à nouveau les liens entre les Acadiens du Restigouche et de Chaleur. L’Acadie en sortira gagnante. Le nord du N.-B. aussi.