Deux îles, une destinée

Le destin des communautés des îles Lamèque et Miscou pourrait changer pour le mieux dans moins d’un mois, alors que les citoyens seront appelés à se prononcer sur un projet de regroupement.

Le projet d’unir sous une seule administration la ville, le village et les multiples districts de services locaux (DSL) que l’on retrouve sur les îles Lamèque et Miscou ne date pas d’hier.

Le projet est sérieux et préparé depuis plusieurs années.

Il a commencé à prendre son envol en 2013, quand les présidents de cinq DSL ont demandé au gouvernement d’effectuer une étude de faisabilité. Pour se remettre dans le contexte, les propositions du genre avaient à l’époque le vent dans les voiles. Tracadie-Sheila et les 18 DSL qui entouraient la communauté préparaient leur union. Shippagan, Le Goulet et huit autres communautés planchaient aussi sur une telle idée (qui n’a pas encore été réalisée).

Dans les îles acadiennes, l’initiative a bien progressé, si bien qu’elle comprend aujourd’hui les deux municipalités (Lamèque et Sainte-Marie-Saint-Raphaël) de même que dix districts de services locaux. Il s’agit de Cap-Bateau, de Petite-Lamèque, de Pigeon-Hill, de Paroisse Sainte-Cécile, de Haut-Lamèque, de Paroisse Shippagan, de Miscou, de Pointe-Canot, de Coteau-Road et de Pointe-Alexandre.

Un référendum aura lieu le 15 mai. Si le oui l’emporte, toute la région ne formera qu’une seule communauté rurale.

Les lecteurs assidus de l’Acadie Nouvelle savent que notre ligne éditoriale consiste à appuyer la croissance et les intérêts des communautés francophones et acadiennes.

Outre quelques exceptions (linguistiques, notamment), nous sommes en faveur des regroupements qui permettent de créer des municipalités plus populeuses, moins isolées, plus en contrôle de leur destinée et surtout plus fortes.

C’est encore plus vrai dans la Péninsule acadienne, un territoire qui a été morcelé en un nombre abracadabrant de localités. Il ne suffit que de se souvenir que lors du Congrès mondial acadien de 2009, des activités ont eu lieu dans pas moins de 102 communautés distinctes!

Les îles Lamèque et Miscou comptent un peu plus de 6000 habitants, dont près de 4000 dans des lieux non incorporés. Nous croyons qu’elles en sortiraient grandies si elles n’étaient plus divisées comme c’est le cas présentement.

Cela ne signifie pas qu’elles sont moribondes. La région de Lamèque fait preuve de beaucoup de dynamisme. L’économie va mieux que ce que l’on serait en droit de s’attendre d’un endroit qui, après tout, est relativement isolé du reste de la province. De petites et des grandes réussites voient le jour, que l’on pense, par exemple, au parc communautaire éolien ou, plus récemment, à la chasse à l’as, dont le succès est indéniable.

Elle n’échappe toutefois pas aux défis auxquels font face les régions rurales, en particulier dans le nord de la province. La population vieillit. La dénatalité fait son oeuvre. Selon les plus récentes données du recensement, la ville de Lamèque a perdu pas moins de 10% de sa population depuis 2011. Le portrait n’est pas plus rose ailleurs dans les îles.

Malgré cela, la tentation du statu quo est tenace. Tous les projets de fusion, réussis ou non, ont reçu leur part d’opposition. C’est normal et c’est sain. C’est la démocratie.

Tout comme les partisans du regroupement, les opposants ont eu aussi la chance de s’exprimer. Certains craignent une hausse salée des taxes foncières, un argument qui frappe fort ces jours-ci, alors que le gouvernement provincial est embourbé dans un scandale.

D’autres craignent qu’il ne s’agisse que d’une façon de permettre à Lamèque d’effectuer une prise de contrôle des deux îles. Une inquiétude plutôt étrange, quand on sait que présentement, la prise de contrôle de ces DSL ne se fait non pas de Lamèque mais dans des bureaux de fonctionnaires de la capitale, situés à plus de 400 km.

Nous croyons que les avantages sont plus nombreux et plus importants que les inconvénients.

D’abord, le gouvernement provincial accompagne les communautés regroupées avec leurs nouvelles responsabilités. Nous en voyons un bon exemple dans la Municipalité régionale de Tracadie, où Fredericton a pris en charge la réfection de routes des anciens DSL. L’objectif est d’éviter que des infrastructures soient laissées à l’abandon, faute de fonds, où que leur entretien ait pour conséquence de faire exploser les taux de taxation.

Le fédéral offre aussi un puissant incitatif avec son Fonds de la taxe sur l’essence. Les villes et les villages incorporés reçoivent chaque année un chèque d’Ottawa basé sur leur population. Des centaines de milliers de dollars échappent donc aux îles parce qu’elles ne sont pas pleinement municipalisées.

Mais surtout, il s’agit d’une occasion unique pour toute la communauté des îles Lamèque et Miscou de se prendre en main, d’apprendre «à jouer de l’accordéon ensemble et de cesser de se tirailler», pour reprendre une expression juteuse du maire de Sainte-Marie-Saint-Raphaël, Conrad Godin.

Un oui permettra à la région d’avancer, alors qu’un non est plutôt synonyme du statu quo (ce qui signifierait, dans l’environnement actuel, un recul). Le choix est évident. Nous croyons que le 15 mai, les citoyens sauront prendre la bonne décision.