Marijuana: à Fredericton de s’adapter

Le gouvernement fédéral a déposé son projet de loi sur la légalisation du cannabis à des fins récréatives pour les Canadiens âgés de 18 ans et plus. La législation entrera en vigueur dans un peu plus d’un an. Il sera intéressant de surveiller la façon d’agir du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Lors de la dernière campagne électorale, Justin Trudeau s’est engagé à légaliser (à plusieurs conditions) la marijuana. Dix-huit mois après son élection, le voilà qui propose une législation sur cet enjeu qui divise les citoyens du pays.

En résumé, les Canadiens d’âge adulte pourront acheter en toute légalité de la marijuana. Ottawa approuvera une liste de producteurs autorisés qui seront responsables de fournir le produit aux consommateurs. Une limite a été établie à 30 grammes de cannabis légal séché par adulte (5 g pour les 12 à 17 ans).

Le fédéral nous accorde aussi la permission de cultiver jusqu’à quatre plants à la maison ainsi que le privilège de préparer de la nourriture contenant du cannabis

De nouvelles lois serviront par ailleurs à punir les automobilistes qui conduisent sous l’effet de cette drogue. La vente de cannabis à des mineurs deviendra une infraction criminelle distincte.

Détail intéressant, les provinces auront la responsabilité de régir la vente sur leur territoire. Fredericton devra donc se mettre à l’oeuvre afin de déterminer de quelle manière et à quel endroit il sera possible d’acheter légalement la marijuana. Techniquement, nos élus pourraient même interdire la vente du pot pourtant nouvellement légalisé. Les consommateurs devraient alors se tourner vers un producteur autorisé basé ailleurs au pays et qui vend sa production par internet.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick pourrait être tenté de serrer la vis plus fort qu’ailleurs au Canada. Historiquement, notre province n’a jamais vraiment été en avance sur son temps.

Quelques exemples? Les Néo-Brunswickoises n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1919, alors que ce droit était déjà acquis dans plus de la moitié des provinces. Et encore, les électrices du N.-B. ont dû patienter 15 autres années avant d’arracher le droit d’être candidate aux élections provinciales.

Pour ce qui est de la vente d’alcool, le Nouveau-Brunswick n’a pas échappé au mouvement de la prohibition. Notre province a été l’une des dernières au Canada à mettre fin à cette mesure, en 1927. Les temps ont bien changé, mais il suffit de voir Alcool NB encadrer la vente de bière et de vin dans les épiceries à coups de projets-pilotes très limités pour constater qu’il existe toujours un vieux fond conservateur chez nous.

Le gouvernement provincial a aussi longuement résisté au mariage de même sexe. En 2005, Service NB a refusé de remettre des certificats de mariage à des couples homosexuels qui s’étaient mariés en Ontario. Il aura fallu un jugement de la Cour du Banc de la Reine de même que l’adoption d’une loi par le Parlement pour que nos politiciens provinciaux entendent raison.

Par ailleurs, les règlements qui encadrent les avortements au Nouveau-Brunswick étaient considérés, jusqu’à l’élection de Brian Gallant, comme étant parmi les plus sévères au pays…

Cette fois-ci, par contre, les choses pourraient être différentes. Le gouvernement Gallant vante ouvertement la production de marijuana comme étant une source de prospérité. Il n’a pas hésité à s’associer à des annonces de création d’emploi avec Zenabis (à Atholville) et Organigram (à Moncton).

Il serait pour le moins étrange de voir Fredericton appuyer avec enthousiasme la production de marijuana d’une part, mais de combattre la vente par tous les moyens d’autre part. Cela dit, des choses plus étranges sont survenues par le passé.

Les inquiétudes des opposants à la décriminalisation sont compréhensibles. Certains craignent que l’on trouve soudainement des fumeurs avec leur joint à tous les coins de rue ou d’être pris avec une hausse de la petite criminalité. D’autres s’inquiètent que les enfants soient attirés par cette drogue.

C’est sans compter deux points importants. D’abord, il est possible d’encadrer l’utilisation d’un produit nocif pour la santé. Nous le faisons déjà comme société avec la bière et les cigarettes, qui ne peuvent être achetées ni consommées n’importe où.

De plus, l’interdiction complète actuelle de posséder de la marijuana fait abstraction de la réalité. Le marché noir est florissant. Des milliers de citoyens honnêtes achètent et fument leur joint en toute tranquillité sans être importunés par des policiers qui ont bien d’autres chats à fouetter.

C’est la même chose chez les jeunes, comme l’a constaté notre chef de bureau aux affaires publiques, Pascal Raiche-Nogue, qui s’est rendu dans les environs de la polyvalente de Dieppe, mardi, et qui a pu constater – sans surprise – que des jeunes d’âge mineur fument des joints. Il est hypocrite de penser que l’interdiction mur à mur présentement en vigueur les empêche d’obtenir ce qu’ils veulent.

Pour une fois, le gouvernement du Nou­veau-Brunswick a l’occasion de ne pas être du mauvais côté de l’Histoire. Il n’est pas condamné à être un retardataire sur cette question. Nous l’invitons à adopter des politiques progressistes au lieu de se braquer et de retarder l’inévitable, comme il l’a si souvent fait par le passé.