Au grand air – Pâques et ses coutumes

Cécil Breau Dans votre nature

Écoutant à leur insu, innocemment bien entendu, une conversation entre deux braves dames dans un magasin d’alimentation, j’en conclus tout comme ces «charmantes créatures» qu’en effet, Pâques approchait à grands pas; compte tenu de l’imposant étalage de chocolat en vue de la fête pascale.

Moins médiatisé et plus modeste en retombées économiques que la fête de Noël, Pâques demeure ex aequo en importance liturgique avec la naissance du Christ.

Lapins et œufs en chocolat ne sont que les resquilleurs de cette fête chrétienne. Année après année, le calendrier lunaire détermine à lui seul le jour de Pâques. Cette date varie entre le 22 mars et le 25 avril, soit le premier dimanche suivant la pleine lune de mars.

Les coutumes, à l’occasion de Pâques, varient d’un pays à l’autre, mais aucune ne rivalise en grandeur et en splendeur avec celles observées en Espagne. Même l’immense foule rassemblée à Saint-Pierre de Rome est reléguée au second plan.

Il y a quelques années, j’eus l’occasion de m’imprégner d’une impressionnante célébration dans la région de l’Andalousie. Le Vendredi saint, ma femme et moi arrivâmes en début d’après-midi à Olvera, charmante petite ville, toute de blanc vêtue, jugée sur un monticule rocheux.

Peu à peu, un spectacle dont j’en connaissais vaguement l’existence commença à prendre forme. Des pèlerins d’un jour, arborant tunique et un très long chapeau pointu dont la partie inférieure recouvrait le visage au complet, à l’exception de deux trous pour les yeux, commencèrent à déambuler dans les rues.

Connus sous le nom de pénitents, enfants et adultes affichent les couleurs vestimentaires qui sont propres à leur paroisse. Ce défilé sans cesse croissant de tuniques vertes, mauves, brunes, jaunes et noires se faisait de plus en plus imposant au fur et à mesure que l’horloge centrale franchissait les dernières minutes du rituel religieux prévue pour 15h. Étrange me suis-je dit; l’église est à proximité et personne ne s’y précipite. Enfin, différentes mœurs différents pays conclu ai-je!

Adossé à un mur, histoire de suivre le déroulement, c’est avec étonnement que je vis les portes de l’église s’ouvrir pour céder passage aux objets de dévotions. Des statues, certaines de plus de deux mètres, étaient disposées sur une plateforme, laquelle était supportée par 24 hommes à l’avant et 24 à l’arrière.

La lente procession s’approchait lentement en notre direction sous le plus grand silence pour finalement s’arrêter près de nous. À ce moment même, une vieille dame vêtue de noir, debout sur son balcon, s’est mise à chanter. Incantations, complaintes implorant le Divin, je ne saurais dire. Expression de l’âme à vous en glacer le sang! Ce n’est qu’à la toute fin de sa prière que la procession reprit lentement chemin. Quel spectacle!

Non loin d’Olvera, la ville de Séville voit ses rues se remplir dès le début de l’après-midi du Samedi saint. Impossible de circuler en voiture. Une véritable marée humaine, coude à coude, bain de foule avec un B majuscule.

Lieu de culte et bars à tapas débordent d’activités. Les gendarmes font la sourde oreille aux fêtards plutôt dociles. Une ville où il fait bon passer Pâques, loin du tsunami humain qui envahit Saint-Pierre de Rome et ses environs.

Certes, l’Acadie ne fait guère le poids des célébrations titanesques européennes, mais certaines coutumes persistent et méritent d’être soulignées.

Petits et grands, croyants et indifférents, saluent à leur manière l’événement liturgique, ne serait-ce que de profiter d’une journée fériée.

Parmi les habitudes qui perdurent; la cueillette de l’eau de Pâques résiste de passer aux oubliettes. La génération de nos grands-parents se faisait un devoir de se déplacer vers un endroit où coulait une eau vive afin de se prévaloir du liquide aux multiples propriétés bénéfiques. Impérativement, il fallait faire ses réserves le jour de Pâques avant le lever du soleil. Certains se déplaçaient en raquettes ou en traîneau tiré par des chevaux.

Sans que cette coutume soit reconnue par l’Église catholique, de nombreux croyants y attribuent des propriétés curatives. Ce serait un geste gratis que d’écarter du revers de la main une telle coutume!

La médecine a souvent recours à des médicaments placebos, c’est-à-dire sans vertu médicinale aucune, pour des fins curatives ou de sevrage. S’il en est ainsi, pourquoi ne pas applaudir les défenseurs de nos traditions. Sportifs, à vos raquettes aux feux de l’aurore, dimanche 16 avril 2017!