René et René Landry

Denis Savard Gens d'ici

Dans son dictionnaire, Stephen A. White démontre que René Landry l’aîné et René Landry le jeune, les deux pionniers qui propagèrent le nom en Acadie, ne peuvent pas être frères, ni oncle-neveu.

Au mieux, «le jeune» pourrait être le fils d’un cousin de l’aîné, selon l’absence de dispenses de consanguinité parmi leurs descendances respectives.

Nous ignorons le lieu d’origine des deux pionniers, mais il est raisonnable de croire qu’ils soient parents et qu’ils proviennent du même patelin.

L’ADN à la rescousse

Depuis quelques années, de nombreux hommes descendants des deux pionniers ont exploré l’ADN de leur chromosome Y. Il suffit d’examiner les correspondances de l’un d’eux pour trouver des descendants des deux souches acadiennes, au point de ne pouvoir les distinguer.

Les deux René descendent donc assurément de la même souche de Landry.

Parmi les correspondances, on trouve également aux États-Unis deux «Londeree» – dont l’ascendance bloque au 19e siècle – et un «Londre». Ce sont évidemment des «Landry» dont le nom a été américanisé.

S’ils sont plusieurs à avoir fait l’analyse STR37, aucun d’entre eux ne semble encore avoir exploré plus loin pour déterminer le haplogroupe (famille ADN-Y) précis de cette souche Landry. On sait seulement, pour le moment, qu’ils sont R-M269. Les porteurs de ce marqueur dit «Celte» – très répandu en France – ont un ancêtre commun qui remonte à environ 6400 ans. La branche particulière des Landry reste à être définie.

D’autres échantillons du Projet ADN Héritage Français nous renseignent également que les descendants du pionnier québécois Guillaume Landry (Mathurin & Damiane Desavis), originaire de La Ventrouze au Perche, ne sont pas de la même souche de Landry que les aïeux acadiens. Ceux qui avançaient La Ventrouze comme lieu d’origine (et Mathurin comme ancêtre commun) des Acadiens peuvent assurément faire une croix sur cette théorie.

Des ancêtres qui n’existent pas

Des erreurs d’interprétations ont mené des généalogistes à ajouter une ou des générations aux lignées des René Landry. «Jean-Claude Landry» n’a jamais existé. Marie Salé, veuve de Martin Aucoin, avait remarié un certain Jean Claude (Claude étant probablement le patronyme), qu’on a cru être un prénom composé.

On a donc imaginé un Jean-Claude Landry qui aurait été le père de l’un – ou des «frères» (sic) René Landry. Le Jean Claude en question était peut-être Amérindien ou Français: ses origines restent inconnues.

René Landry dit l’aîné

René l’aîné fait partie de l’une des premières vagues de pionniers qui feront souche en Acadie.

René l’aîné n’arrive pas seul. Selon les documents, il est le frère de Anthoinette Landry, qui épousera (sans doute en Acadie) le pionnier Antoine Bourg.

Si c’est moins sûr, on croit qu’il serait aussi le frère de Perrine Landry, veuve de Jacques Joffriau, citée aux recensements de 1671 et 1678 Port-Royal. Mais les documents ne permettent pas de le confirmer cette hypothèse.

René Landry l’aîné serait arrivé au début des années 1640. Vers 1645, il épouse Perrine Bourg, une Française d’origine inconnue. Encore là, on a imaginé que Perrine devait être la sœur du pionnier Antoine Bourg, mais l’absence de dispenses subséquentes chez leurs descendants ne permet pas d’appuyer une telle affirmation.

Au recensement de 1671, René, âgé de 53 ans, cultive 12 arpents (4,1 ha) et nourrit 10 bêtes à cornes et six brebis, à Port-Royal.

Au recensement de 1678, il ne cultive plus que quatre arpents. Il a sans doute déjà légué des pièces de terre à ses enfants.

Il est décédé avant le recensement de 1686. Sa veuve Perrine habite alors chez son fils Claude Landry. Elle s’y trouve toujours à celui de 1693.

Le couple a eu 5 enfants qui fondèrent des foyers. Ils ont sans doute eu des enfants décédés avant le premier recensement, mais ils restent inconnus comme les registres paroissiaux sont inexistants sur cette période.

René Landry le jeune

René le jeune rejoint sans doute son (grand-oncle?) homonyme plusieurs années plus tard.

Né vers 1634, il s’est se serait engagé pour l’Acadie vers 1655 ou 1656. Vers 1659, il épouse Marie Bernard, fille de (Charles?) Bernard et Andrée Guyon.

La famille n’apparaît pas au recensement de 1671. Il est possible que la famille ait habité à l’extérieur de Port-Royal pendant ces années.

Au recensement de 1678 à Port-Royal, il cultive 12 arpents et nourrit 20 pièces de bétail.

Âgé de 52 ans au recensement de 1686 – toujours à Port-Royal –, il détient 10 arpents en valeur, 16 bêtes à cornes, 20 brebis et deux armes à feu.

Il est décédé avant le recensement de 1693.

Entre temps, sa veuve Marie Bernard avait pris les choses en main avec apparemment beaucoup de succès. Elle ne se remaria jamais même si elle avait de jeunes enfants à la traîne. En 1693, elle cultive 30 arpents et détient 25 pièces de bétail, 40 brebis et 14 cochons (et deux fusils). Sa plus jeune, Isabelle, n’a alors que trois ans.

Sa ferme prospérera ainsi jusqu’au recensement de 1700, où elle enregistre des données similaires (tout comme 1698). Les recensements suivants ne sont pas si éloquents sur les rendements agraires.

Cette brave femme – mère de 15 enfants dont 14 ont fondé des foyers – sera enterrée à Port-Royal, le 11 janvier 1719, âgée d’environ 74 ans.

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