Racines acadiennes – Édouard Hacquoil dit Harquail, pionnier de Dalhousie

Denis Savard Gens d'ici

Cette fin de semaine, Dalhousie est l’hôte du Tournoi mémorial annuel Rod Harquail (hockey trois contre trois). Ce tournoi a été renommé en 2001 à la suite de la mort accidentelle de Rodney Harquail, un père de deux enfants de Dalhousie.

Mais qui est cette famille au nom relativement rare? Elle est pourtant liée aux Acadiens du nord de la province depuis plus de deux siècles.

D’abord, il faut préciser qu’il n’y a pas qu’un seul immigrant «Hacquoil». L’arrivée d’Édouard «Acou» vers ou avant 1792 a été suivie de celle de James marié en 1811 (registre (Rg) presbytérien Restigouche) à Rose Duguay, Walter marié en 1911 (Rg presb. Barachois près de Percé) puis Francis Adolphe marié en 1916 à Charlo. C’est sans compter de nombreux travailleurs saisonniers ou hivernants au compte des Robin.

Ils ont tous ceci en commun: ils sont originaires de la paroisse de Saint-Ouen, sur l’île anglo-normande de Jersey près des côtes de la Bretagne. Si le nom n’est pas normand, il est connu sur l’île depuis 1299.

La plupart des Harquail du Nouveau-Brunswick descendent de Édouard, premier à faire souche sur nos côtes.

Édouard Hacquoil a été baptisé à Saint-Ouen le 26 novembre 1769, fils de Pierre Hacquoil et Rachel Vautier.

La famille d’Édouard est établie au lieu-dit des Landes, un espace occupé aujourd’hui par une piste de course hippique au nord de l’île. Il est peut-être arrivé dans la baie des Chaleurs quelques années avant 1792, comme apprenti engagé par les Robin, pour parfaire son métier de tonnelier.

Édouard est sans doute appelé à travailler à Pokemouche (Inkerman), où il a fait connaissance d’une fille de la Déportation née en Bretagne, Angélique Rosalie Robichaud, fille de la famille pionnière de Pokemouche: Isidore Robichaud et Marguerite Boudrot.

C’est peut-être à cet endroit, profitant du passage du missionnaire de Restigouche Joseph Mathurin Bourg, que les deux jeunes unissent leur destinée le 2 octobre 1792. Le mariage est enregistré à la fois au registre de Bonaventure et au registre du missionnaire à Ristigouche, sans qu’on précise le lieu de la cérémonie.

Comme le veut la coutume, on se marie chez la future. De même, «qui prend mari prend pays», le couple s’installe d’abord à Ristigouche (Campbellton).

Ils y demeurent environ 18 ans et y auront neuf enfants. La famille est d’abord qualifiée d’«habitants pêcheurs» en 1800, puis Édouard de tonnelier en 1803 et en 1805 dans les registres paroissiaux.

Selon un document rapporté par Pennie Barbour – une chercheuse de Dalhousie qui préparait un ouvrage détaillé sur les Harquail, à «98% prêt» – Édouard a reçu une commission de Superviseur des pêches à Ristigouche en 1807.

En 1809 il est dit simplement «pêcheur» puis en 1810, «cultivateur».

Peu après, la famille deviendra l’une des premières à s’installer dans le futur centre-ville de Dalhousie. Le dernier-né, Joseph (qui épousera Olive Doucet), serait né à cet endroit vers 1814. Bientôt, ses gendres partagent aussi l’espace, dont Jean-Baptiste Simon qui épouse sa fille Rachel en 1815, et Jean Baptiste Plourde (mon ancêtre) qui épouse Marie Hacquoil en 1819.

Édouard a opéré pendant plusieurs années une tonnellerie à Dalhousie, à l’endroit précis où se trouve aujourd’hui le poste de pompier de la municipalité, voisin des terrains vacants de l’ancienne papeterie.

On retrouve d’ailleurs Édouard Harquail sur cette période dans le Fonds Robin (numérisé, Musée de la Gaspésie) où il semble «contremaître» de pêche pour la compagnie. Le 18 mai 1816, la correspondance des Robin entre Paspébiac et Jersey indique qu’«Ed. Hacquoil» s’est blessé à un bras et doit s’absenter du travail. Le 8 juin, Ed est toujours au rancart, ce qui est «a loss to the Employ[er] as he is a good Fisherman».

Le 16 août, Édouard, toujours absent, est remplacé par Philippe Lemarquand contremaître. Le 18 septembre de l’année suivant, «Edw. Hacquoil» doit prendre un chargement de 250 lb de poisson à Caraquet, comme quoi il s’est finalement rétabli. Ses fonctions précises auprès de la compagnie ne sont pas détaillées.

Jervis Harquail (voir tableau), arrière-petit-fils de Joseph (à Joseph à Édouard) et Si’st Sipu, explique que selon la tradition orale, la fabrique de barils d’Édouard Hacquoil employait beaucoup d’Autochtones de la région, en particulier pour le fournir en bois.

Selon Mme Barbour, la famille n’a pas réussi à faire enregistrer ses titres de propriété avant la date limite à cause d’une forte tempête sur la route de Fredericton, où leur fils Étienne, délégué à cette tâche, a dû faire demi-tour. C’est à peu près en même temps que la blessure d’Édouard, ce qui l’aura sûrement retenu à Dalhousie.

Comme les titres n’ont pas été réclamés à temps, le gouvernement de l’époque aurait procédé à la concession des lots pour les familles écossaises qui s’y pressaient déjà.

La famille aurait donc été évincée du centre-ville malgré eux. Ils s’installèrent ensuite du côté de l’ancienne centrale thermique de Darlington.

Les torts envers la famille ont été reconnus par la province beaucoup plus tard, en 1876, selon Mme Barbour. Mais comme la plupart des terres avaient été concédées et occupées depuis, c’était peine perdue bien entendu. Certains descendants ont cependant pu récupérer certains lots laissés vacants dans les environs.

 

Post sriptum: Mme Barbour (née Pennie Quigley), à qui j’ai parlé pour la première fois en fin de semaine pour discuter de nos recherches communes sur les Harquail, nous a quitté après une longue maladie mercredi matin. Nos sincères sympathies à toutes sa famille et à ses amis.

James Hacquoil, fondateur de la souche de Paspébiac

Le Programme de recherche en démographie historique (PRDH) de l’Université de Montréal, jusqu’à leur prochaine mise à jour, affiche James Hacquoil, époux de Rose Duguay de Paspébiac, comme un frère de Édouard Hacquoil, époux de Angélique Rosalie Robichaud, dont les parents seraient, Pierre StAquel(sic)/Acou et Rachel Routhier (sic). Cette interprétation semblait basée sur le fait que ces deux Hacquoil de Jersey sont nés à environ deux ans d’intervalle.

Mais il n’en est rien.

Les registres anglicans de Jersey, rédigés en français, sont à peu près complets pour les paroisses de l’île (disponibles en ligne sur Ancestry). On y retrouve tous les frères et soeurs d’Édouard. Au rythme des naissances, il serait difficile d’y ajouter un James.

En examinant les registres plus largement, on constate qu’il n’y a qu’un James (et aucun Jacques) Hacquoil baptisé à Jersey entre 1760 et 1800. Le fils de Philippe Hacquoil et de Marguerite Rommeril est baptisé le 3 septembre 1767 à Saint-Ouen. Ainsi, sa date de baptême correspond exactement à l’âge déclaré après son décès du 1er avril 1833 (66 ans).

Tout porte à croire que c’est bien ce James qui s’est établi à Paspébiac.

James a passé son dernier hiver à transporter le bois de coupe dans la forêt, tâche qu’il ne voulait pas délaisser malgré son âge relativement avancé et un hiver particulièrement rude, selon la correspondance des Robin quelques jours après son décès.

Selon le tableau ci-contre, Édouard et Philippe ne sont pas frère, mais seraient plutôt parents du 5e au 6e degré sur la lignée Hacquoil.

Pour ajouter à la confusion, dans Les Registres de Paspébiac 1773-1910 (1987) de Bona Arsenault, l’ancien député aborde la famille «Acou/Harquail» en présentant Édouard Acou et sa femme, alors que tous les actes qui suivent ce préambule traitent plutôt de la famille de James et ses descendants.

Racines acadiennes: de régulières à ponctuelles

Depuis mes vacances de février, plusieurs d’entre vous auront remarqué que le rythme des chroniques a ralenti considérablement. Si l’expérience de tenir une chronique sur les familles acadiennes a été des plus valorisante, le travail que cela représente pour bien faire les choses régulièrement peut rapidement devenir accablant. J’ai déjà un poste à temps plein et le supplément de travail devenait intenable à long terme. Mais surtout, après plus d’un an et demi, j’ai hâte de pouvoir retourner à mes recherches que j’ai dû mettre de ce côté tout ce temps.

Mais ce n’est pas la fin de cette chronique pour autant. Je profiterai des nouvelles découvertes en généalogie acadienne – par la génétique ou par le biais des nombreux chercheurs doués parmi nous – pour parler des familles concernées.

Je tiens à remercier les lecteurs qui ont été nombreux à montrer leur appréciation depuis le début et mes employeurs de me donner cette tribune. Mais surtout – je les mentionne trop peu souvent – je remercie particulièrement Stephen A. White et le Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson pour leur aide continu et leurs suggestions toujours pertinentes, palliant la distance qui me sépare de Moncton pour fréquenter le centre régulièrement.