Spiritualité – Pâques fleuries

Serge Comeau Style de vie

Voilà une ancienne manière de parler du dimanche des Rameaux: Pâques fleuries. Cela fait probablement référence à la pratique en cours au Moyen-Âge de bénir des fleurs en même temps que les rameaux.

On peut donner à cette expression un sens symbolique en disant que dès ce jour, Pâques est en floraison. Les fleurs qui feront notre joie dimanche prochain sont dans les semences que nous déposons en terre aujourd’hui.

Qu’est-ce qui est mis en terre pendant la semaine sainte? Il y a plus que le corps de Jésus.

Il y a cette idée d’un Dieu dont la puissance serait d’intervenir avec force. Le peuple d’Israël attendait un tel Messie. Même au Calvaire, le monde réclame un geste spectaculaire: «Si tu es le Messie, descend de la croix», semble-t-il ironiser. Mais c’est le contraire qui se produit. Jésus semble dire: «Parce que je suis Dieu, je reste sur la croix». Ce qui empêche de voir en Dieu un être vulnérable qui ne peut qu’aimer est anéanti par Jésus. Cela est mis en terre.

Une autre illusion disparaît pendant la Semaine Sainte. Celle de se croire libre et en contrôle de tout. Lors du premier Vendredi saint, devant le palais de Pilate, les gens ont perdu leur individualité. Les chefs ont poussé la foule à demander la libération de Barrabas: tous se mettent à crier pour la libération de ce bandit décrié dans leur cœur.

Même Simon-Pierre, qui avait pourtant promis à Jésus de le suivre jusqu’au bout, va le renier. Nous devrions enfouir profondément sous terre cette idée de se croire libre de toutes influences et souverain de sa propre vie.

Il y a aussi ce mirage des lois censées protéger les plus vulnérables. L’histoire universelle est remplie d’atrocités où des populations deviennent victimes de régimes et de puissants qui devaient pourtant les protéger.

Il y a des gens qui trouvent les moyens d’arriver à leurs fins, aux dépens des victimes innocentes. Jésus a été victime de cette machination des pouvoirs religieux et civils contre lesquels il s’était lui-même insurgé. Pour lui, cela ne faisait pas de doute: l’autorité doit s’exercer avec un esprit de service et non de pouvoir. Toute autre conception de l’autorité doit mourir.

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Tout cela doit être mis en terre. Tout cela doit mourir pour donner des fleurs et des fruits. Jésus parlait plus que de sa vie lorsqu’il disait quelques jours avant Pâques: «Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il ne porte pas de fruit» (Jn 15).

Nous pouvons déposer en terre ce qui empêche la pleine humanisation de notre monde et le plein accomplissement de nos vies. Dieu lui-même nous creuse un sillon pour mettre nos semences… avec sa croix. J’aime imaginer que sur le chemin menant au Calvaire, Jésus a tracé un sillon avec sa croix qu’il traînait et qui s’enfonçait dans la terre. Dans ce sillon, chacun peut y déposer ce qu’il veut mettre en terre et voir mourir.

Comme toute semence, cela va pourrir et mourir dans les ténèbres et l’humidité de la terre. Les larmes des femmes qui pleurent sur Jésus et la sueur des hommes qui reviennent des champs vont se mêler à la pluie pour faire grandir ce qui est caché.

Un chemin qu’on croyait mener uniquement à l’impasse de la désespérance a la capacité de devenir une route verdoyante.

C’est vrai! Les fleurs de Pâques sont semées aujourd’hui. Pas n’importe où: sur le chemin de croix. Pas avec n’importe quel jardinier: Dieu lui-même. Sainte semaine!