Spiritualité – Est descendu aux enfers

Serge Comeau Style de vie

C’est une des questions que je me fais poser régulièrement au sujet de notre credo: pourquoi Jésus a-t-il eu besoin d’aller aux enfers? L’interrogation sous-entendue est celle-ci: quel mal a-t-il dont fait?

Le samedi saint est le jour du souvenir de la descente aux enfers du Fils de Dieu. Après sa mort, il a été enseveli. Après les tremblements de la veille, la terre s’apaise en ce jour de sabbat. Après les cris et les insultes, le grand silence s’installe aujourd’hui.

Même lors du repos du septième jour, Dieu continue son œuvre. La chair du Fils s’est endormie, mais son cœur veille. Il va éveiller ceux qui dorment depuis les origines. Jésus descend aux enfers pour aller rejoindre Adam. Avec ce dernier, il y a aussi Ève et tous les autres que le Christ va chercher pour les délivrer de la mort éternelle.

«C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort». (Épiphane de Salamine, 5e siècle).

Jésus n’est pas allé aux enfers parce qu’il avait commis le mal. C’est par compassion et miséricorde qu’il s’avance vers ceux qui sont captifs de la mort et des ténèbres pour les éveiller à une autre vie. Il les entraîne avec Lui. Il ne peut pas entrer dans la vie éternelle sans ces autres qui sont en Lui et en qui Il est.

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Afin d’illustrer cette chronique, j’ai trouvé cette belle icône copte qui illustre la descente aux enfers. On voit Jésus, qui ouvre les tombeaux et prend la main d’Adam et Ève. Il va à la rencontre de tous ceux et celles morts avant Lui pour les faire entrer dans la vie éternelle.

Cette représentation de la descente aux enfers est devenue dans l’inconscient de beaucoup de fidèles orthodoxes l’icône même de la résurrection, bien que l’Église catholique l’ait consacrée au samedi saint.

Si j’ai choisi cette icône, c’est parce qu’elle est l’œuvre de la communauté chrétienne de l’Égypte, appelée copte. Cette communauté existe depuis l’an 43. Fondée par Marc, elle est la continuité de l’Église d’Alexandrie marquée par le martyr depuis ses origines. Aujourd’hui, la majorité (96%) des chrétiens coptes est orthodoxe. Certains (2,4%) sont catholiques, le reste est de l’Église d’Éthiopie (1,6%).

L’Église copte a été la cible de terroristes dimanche dernier. En pleine église, lors de la célébration des rameaux, un kamikaze s’est fait exploser entraînant dans la mort des dizaines de victimes. En Égypte, au cours des cinq derniers mois, plus de 71 chrétiens sont morts dans des lieux de culte.

Ça me fait mal. Leur vie n’a pas plus de valeur que d’autres vies; elles n’en ont pas moins. Pour moi, ces victimes sont des martyrs de la coexistence.

La présence chrétienne dérange dans ce pays. La majorité tolère mal la coexistence avec cette minorité chrétienne, pourtant forcée à des compromis pour pratiquer leur foi et vivre selon leurs valeurs.

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La coexistence n’est jamais facile. Des puissances sont prêtes à tout faire pour écraser ce qui est petit et faible. C’est vrai aussi dans nos vies: nous peinons à faire émerger ce qui, en nous, est fragile et précaire. Nous préférons parfois faire taire ou mourir ce qui n’entre pas dans la norme. Le bonheur, le nôtre et celui du monde, passe pourtant par l’acceptation de tout ce que nous sommes: ténèbres et lumière.

Aujourd’hui, Dieu visite les enfers. Il nous rejoint dans nos propres enfers. Là où nous perdons pied. Là où l’avenir nous semble bouché. Là où le pire de nos vies coexistent pourtant avec le meilleur.

Dans les ténèbres du monde et de nos vies, nous ne pouvons pas toujours discerner les traces de la présence divine en nous. Puissions l’entendre murmurer à notre cœur: «Ne crains pas. Je suis le Vivant!»

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