Florian n’a pas dit son dernier mot!

Romain Landry
Free Grant

Rarement ai-je vu autant de personnes militantes de divers groupements rassemblées en un seul endroit, en ce mercredi soir 28 mars. Toutes étaient venues rendre un ultime hommage à l’ami, l’artiste et l’activiste Florian Levesque.

Autochtones, anglophones, francophones de tous les coins de l’Acadie et du Nouveau-Brunswick, des amis et collègues de travail ontariens et gaspésiens, y compris une étudiante de France à Toronto, s’étaient donné rendez-vous à Campbellton et à Balmoral, son lieu de résidence, pour célébrer la vie de Florian, un rassembleur hors pair.

Avant de quitter le salon funéraire, des Autochtones ont évoqué par une cérémonie les quatre points cardinaux qui, dans leur culture, représentent un esprit directeur, des attributs uniques et une étape de la vie. L’est, la direction du lever du soleil, représente la naissance de l’enfant et les premières années de la vie. Le sud représente l’enfance et la croissance intellectuelle. L’ouest symbolise l’âge adulte et l’introspection, alors que le nord, symbolise la vie des Anciens et la spiritualité qui s’en dégage.

Durant la cérémonie au Centre communautaire de Balmoral, j’ai été particulièrement touché par un geste de la part du fils de Florian, Jérémy: il a remis les lunettes de son père à Richard Hudon, de Toronto, un ami et collègue de travail de Florian du temps où il vivait en Ontario. Je soupçonne que l’épouse de Florian y était pour quelque chose. Un geste à peu près semblable s’est produit récemment à Toronto quand le fils de Jack Layton a remis à Thomas Mulcair, au moment de son élection comme chef du NPD, la cravate que portait son père.

De nombreux hommages ont été rendus à Florian, certains relatant les côtés sérieux et d’autres les côtés drôles de sa vie. Sa mère, Émilienne, a raconté une petite anecdote. Un jour, alors qu’il était très jeune, elle lui avait dit que lorsque survenait une altercation au hockey il ne devait jamais être le premier à jeter les gants. Florian lui avait alors répondu que c’était l’autre qui avait jeté les gants, et que pourtant, c’était lui qui s’était fait coller la punition! Sa mère lui aurait alors expliqué qu’il s’agissait sans doute d’un arbitre incompétent… On a aussi rappelé que Florian était un joueur de cartes invétéré; la bière aidant, il pouvait même, à l’occasion, tricher pour s’amuser aux dépens de ses adversaires.
Des jeunes, des éducateurs et des éducatrices, des artistes et des militants, y compris des personnes âgées, sont venus raconter l’influence qu’ont eue sur leur vie Florian et Monsieur Flo. L’injustice, plus que tout, était ce qui déclenchait sa fougue. Florian nous laisse avec l’idée qu’il ne faut jamais baisser les bras devant l’injustice.

Ce matin, dans mon petit boisé où je coupais quelques souches, je me suis arrêté prendre du repos. Deux petites mésanges sont venues me rappeler que nous devons poursuivre la lutte pour la survie dans un monde de plus en plus difficile. C’est le message qu’a voulu nous transmettre Florian tout au long de sa vie. À son exemple, nous prendrons le flambeau et poursuivrons sa lutte qui est désormais nôtre.