L’industrie minière n’est pas l’amie des pays en développement

Par Ghislaine Clavet
Coordonnatrice diocésaine de la pastorale
Edmundston

Madame la Ministre Bev Oda, je viens de lire votre discours à la conférence de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE) du 4 mars 2012. Je suis étonnée et même scandalisée par vos propos. Vous dites: «The Canadian mining industry is my new best friend». Vous êtes très élogieuse envers leurs projets dans les pays en développement et vous mentionnez que ceux-ci améliorent «the quality of life for thousands in countries where you work».
Je regrette, Madame la Ministre, mais ce n’est pas le discours que nous entendons des populations des pays en développement.

En janvier 2007, j’ai participé au Forum social mondial, au Kenya, en Afrique. J’ai suivi de nombreux ateliers sur les extractions minières. J’ai échangé sur ce sujet avec des gens des Philippines, de la Guinée, du Congo, du Niger… et je n’ai entendu que des plaintes relativement aux compagnies minières. Des populations qui sont exploitées, des gens qui sont expulsés de leurs terres souvent par la violence, des maisons qui sont brûlées, des personnes qui sont tuées, l’environnement qui est détruit, des compagnies qui partent sans nettoyer l’environnement, etc.

Dans votre discours lors de cette conférence sur l’industrie minière, vous parlez de projets pilotes de développement international avec trois compagnies minières canadiennes pour des millions de dollars et, pendant ce temps, vous privez des organismes reconnus et crédibles de solidarité internationale comme Développement et Paix de plus de 31 millions $ pendant les cinq prochaines années, soit une réduction de 65 %.

Est-ce une nouvelle orientation et une nouvelle vision de l’ACDI, l’Agence canadienne de développement international? Croyez-vous, Mme Oda, que les Canadiens et Canadiennes sont assez naïfs et ignorants pour croire que les compagnies minières peuvent avoir à cœur le bien-être des populations les plus pauvres de notre planète? Des organisations non gouvernementales comme Développement et Paix, qui travaillent avec des partenaires dans les pays du Sud et qui appuient des centaines de projets de développement chaque année depuis près de 50 ans, ne sont-elles pas les plus crédibles pour aider les populations du Sud à lutter contre les injustices sociales et à améliorer leurs conditions de vie?

Madame la Ministre, je vous suggère fortement d’aller rencontrer les populations pauvres dans les pays du Sud afin de connaître leur réalité. Je vous autorise à prendre l’argent de mes impôts pour vous payer ces voyages. Je veux aussi que l’argent de mes impôts et taxes soit utilisé pour des projets qui font la promotion de la justice, de la solidarité, du partage et de l’aide aux plus démunis, et non pour enrichir des compagnies et des multinationales qui font des millions et des milliards de profits sur le dos des plus pauvres.

Madame la Ministre, je suis membre bénévole de Développement et Paix depuis 28 ans. En 1990, j’ai fait un voyage à mes frais de trois semaines pendant mes vacances d’été pour aller visiter des projets de développement de nos partenaires au Chili, au Pérou et en Équateur, et je suis revenue plus convaincue de la valeur de ces projets et du travail de nos partenaires qui ont à cœur l’amélioration de la vie de leurs communautés.

En terminant, Madame la Ministre, j’espère pour vous que vos «new best friends» deviendront les ONG canadiennes qui font de l’excellent travail avec les populations dans les pays en développement. Je vous demande d’octroyer à l’organisme Développement et Paix les millions que vous avez coupés afin que les populations pauvres du Sud n’aient pas à subir les conséquences des compressions financières dans leurs projets de développement.