Quelle est la véritable philosophie de l’ACDI?

Par Gilles Halley
Beresford
Vice-président du Conseil diocésain de Développement et Paix
Diocèse de Bathurst

Madame Bev Oda, ministre responsable de l’ACDI, laissez-moi vous dire combien je suis déçu de la réponse que l’ACDI a donnée à l’organisme Développement et Paix pour financer des projets de développement socio-économiques pour les cinq prochaines années.
Alors qu’au cours des cinq dernières années, soit de 2006 à 2011, Développement et Paix a reçu de l’ACDI 44,6 M$, voilà que pour les cinq prochaines années, alors que l’organisme avait demandé 49,2 M$, il ne recevra que 14,9 M$. Et l’ACDI indique aussi que cette somme est destinée à sept pays, dont un seul en Afrique, un continent où Développement et Paix a toujours été très présent. En 2010-2011, Développement et Paix a appuyé au Sud 186 partenaires dans 30 pays pour un total de 12 M$.

Madame la Ministre, comment pouvez-vous expliquer une telle diminution dans la contribution de l’ACDI pour un organisme qui existe depuis 45 ans et qui a aidé des milliers de personnes dans les pays du Sud à se prendre en main à travers des milliers de projets de développement communautaire très valables.

J’ai moi-même travaillé 25 ans pour Développement et Paix et j’ai rencontré au Sénégal, au Cameroun, en Tanzanie, au Chili, au Pérou et en Équateur des partenaires à la base qui font un travail de développement extraordinaire avec les ressources que leur octroie Développement et Paix grâce à la générosité et à la solidarité des Canadiens.

Ou est-ce à cause d’un changement de philosophie de l’ACDI qui veut plutôt aider les multinationales canadiennes et surtout les compagnies minières que vous appelez vos «new best friends»? C’est vrai que depuis cinq ans Développement et Paix mène des campagnes d’informations sur les effets néfastes des compagnies minières canadiennes au tiers monde, mais cela, Madame la Ministre, c’est la vérité de ce qui se passe au tiers monde. Les populations du tiers monde se plaignent des compagnies minières qui les exploitent pour des salaires de pitance, des populations sont expulsées de leurs terres sans compensation et très souvent par la violence, des maisons sont brûlées, des personnes sont tuées, l’environnement est détruit et les compagnies quittent la place sans nettoyer l’environnement.

Ou est-ce parce que la philosophie de Développement et Paix est d’aider véritablement les groupes populaires du tiers monde à se prendre en main, ce qui est tout à fait à l’opposé de la philosophie du gouvernement canadien et de tous les gouvernements du Nord? Laissez-moi vous dire, Madame la Ministre, que notre bon sens est bon ici et maintenant. Notre bon sens n’est pas bon en Afrique, ni en Amérique latine et ni en Asie. J’en ai vu de beaux projets conçus par des Canadiens avec une mentalité canadienne et avec des matériaux canadiens tomber en lambeaux, et les Africains avaient raison, ce n’était pas leur projet, c’était un projet canadien.

Et pourquoi toujours envoyer nos experts pour superviser ou entreprendre des projets au tiers monde, parce qu’au bout du compte, 95% de l’argent du projet est dépensé en salaires et en dépenses pour des Canadiens et on se demande après comment se fait-il que le tiers monde ne parvienne pas à se développer. C’est bien simple: parce que dans notre approche de pays du Nord et dans l’approche tacite canadienne, il faut que le développement du tiers monde profite d’abord aux Canadiens. Laissez-moi vous dire, Madame la Ministre, que les pays du tiers monde n’ont pas besoin de nos spécialistes, il y en a beaucoup des spécialistes dans le tiers monde, mais en envoyant les nôtres, c’est plus payant pour le Canada.

Je vous invite en terminant à aller voir vous-même des programmes de développement des ONG canadiennes au tiers monde et vous allez être surprise des résultats, vous allez être surprise de voir ce que font les femmes et les hommes de ces pays dans des programmes de développement communautaire où les gens se prennent véritablement en main.

Et je vous invite aussi à revoir le dernier octroi de l’ACDI à Développement et Paix pour que cet organisme qui a fait plus que ses preuves au cours des 45 dernières années puisse continuer le formidable travail de solidarité avec les peuples du Sud, parce qu’au bout du compte, ce sont les populations du Sud qui vont subir les conséquences néfastes des compressions de l’ACDI.