La vie d’une travailleuse sous-payée

Shelley Gauthier
Willow Grove

Vous voulez savoir pourquoi je suis pour l’équité salariale, parce que mon expérience de travail m’a prouvé que c’est nécessaire.

À l’école secondaire, une amie avait souvent des problèmes avec la justice. Elle m’informait toujours de tout ce qui lui arrivait, qu’elle soit en prison ou en garde ouverte, et je gardais contact. Cette amitié m’a fait prendre conscience de mon désir d’aider les autres; cependant, je ne savais pas comment. En attendant de le savoir, j’ai décidé de m’inscrire en administration des affaires au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick. J’ai toutefois abandonné après un an puisque cela ne répondait pas à mon besoin fondamental: aider les autres.

J’ai alors déniché un emploi dans un foyer privé de soins spéciaux; j’y ai d’ailleurs aidé une famille avec de gros problèmes de santé physique. Puis, cela m’a motivée à m’inscrire au programme de Soins aux enfants et aux jeunes du CCNB – juste au bon moment puisque le foyer privé où je travaillais a fermé ses portes en 2005 à cause d’un manque de personnel -.

J’ai étudié pendant 23 mois; ce qui m’a coûté 18 500 $ au total. Étant donné que je réussissais bien dans ce programme d’études, mon enseignant m’a aidée à obtenir un emploi à temps partiel dans un foyer d’accueil pour jeunes contrevenants. J’aimais beaucoup ce travail, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas avec 10 $ l’heure que j’allais payer mes factures. J’ai donc trouvé un deuxième emploi à temps partiel dans une résidence communautaire où on s’occupait de jeunes enfants avec des problèmes de santé mentale.

Au cours de mes deux années d’études, je suivais donc des cours chaque jour de midi à 17 h et je travaillais les nuits, les soirs et les fins de semaine pour payer ma scolarité et vivre. Mes cours me semblaient la bonne chose à faire – et j’avais une moyenne de 98 % -, mais j’ai commencé à me demander si c’était vraiment une si bonne idée alors que mon emploi ne me procurait que le respect donné à une «super gardienne d’enfants» et un salaire dérisoire.

Enfin, après avoir reçu mon diplôme, j’ai obtenu un emploi à temps plein dans une résidence communautaire. J’y ai travaillé deux ans à un salaire horaire de 13 $, plus les avantages sociaux. Cependant, après trois ans de quarts de travail, et j’avais besoin d’une vie plus structurée, j’étais fatiguée. J’ai alors décidé de travailler dans un service de garde à l’enfance.

Là, j’ai connu le problème de travailler à 9,25 $ l’heure, plus une prime horaire de 2,25 $, pour un total de 11,50 $ l’heure. La prime que je recevais était la plus basse, car mon programme ne répondait pas aux exigences gouvernementales pour celle plus élevée de 4 $. Donc, malgré tous mes efforts pour obtenir mon diplôme, je me retrouvais dans un domaine ne me permettant même pas de payer mes factures de base, car le salaire était moindre!

Je suis maintenant à l’étape suivante de ma vie: mon fils a sept mois et mon fiancé et moi nous demandons comment nous allons réussir à payer nos factures si je retourne travailler à un salaire si bas. Nous avons plus de dépenses, et il en coûte 185 $ par semaine pour faire garder un enfant âgé de moins de 2 ans; ce que notre budget ne nous permet absolument pas.

Après avoir été une intervenante auprès de jeunes contrevenants, une épaule réconfortante pour des jeunes maltraités et drogués et une mère aimante de tout-petits étant notre avenir, je sais maintenant très bien que l’équité salariale «n’existe pas» dans ces domaines. Même si les sourires, les rires et l’arrêt des larmes sont de beaux «plus», je dois quand même subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille… L’iniquité salariale diminue mon budget et ma qualité de vie.

Finalement, pour toutes ces raisons, j’exhorte le gouvernement du Nouveau-Brunswick à tenir dans son prochain budget provincial sa promesse, soit de rajuster équitablement les salaires dans les secteurs des services de garde d’enfants, de l’aide à domicile, des résidences communautaires et des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale.

Notre région a besoin d’aidantes et d’aidants compétents, et nous avons droit à un salaire juste étant donné l’important travail que nous faisons.