Les phrases chocs avant l’information à Radio-Canada

Chedly Belkhodja
Professeur, Département de science politique
Université de Moncton
Centre Métropolis atlantique

Je veux réagir à ces deux reportages de Radio Canada sur le «racisme en Acadie du Nouveau-Brunswick».

Monsieur (NDLR – le chef des nouvelles de Radio-Canada Acadie, Philippe) Ricard,

Je tiens à vous faire part de ma déception concernant la présentation réductrice de votre dossier sur la question du «racisme en Acadie du Nouveau-Brunswick». La semaine dernière, votre journaliste Nicolas Steinbach m’a présenté le sujet en m’invitant à passer une bonne heure avec lui à discuter en profondeur de certains défis entourant l’accueil et l’intégration des immigrants francophones dans la région du Grand Moncton. Il m’a demandé de réagir en tant que chercheur et directeur du centre Métropolis atlantique, ce que j’ai fait en m’appliquant à cerner plusieurs enjeux actuels de l’immigration dans la région. Dans un contexte économique plus difficile, j’ai bien précisé que le sujet de la discrimination raciale pouvait prendre de l’ampleur et que le racisme s’affichait souvent dans des périodes caractérisées par une inquiétude identitaire. J’ai insisté sur la nécessité d’engager certains acteurs de la société acadienne, notamment les employeurs. J’ai également proposé des pistes pour une intégration différente, innovante, ouverte vers une prise en considération d’un échange interculturel. À la toute fin de l’entrevue, je l’ai même remercié de m’avoir fait réfléchir à vif sur le sujet, ce que je considère comme un exercice intellectuel essentiel pour faire avancer une réflexion. Tristement, votre journaliste ne semblait pas cerner mon propos et revenait toujours à la charge pour me demander si les Acadiens étaient de méchants racistes. J’ai trouvé l’approche assez simpliste en pensant à toutes sortes d’expressions racistes et extrémistes du genre skinhead et néo-nazis que j’ai observées en grandissant à Moncton.

À la suite du visionnement, je me suis dit que les règles du jeu avaient changé et que, tristement, le métier de journaliste consistait à faire du spectacle, à chercher à produire du débat. Je sais bien que la mécanique télévisuelle réduit le propos pour le cadrer, mais de là à parsemer quelques phrases «chocs» de «l’expert» m’apparaît bien regrettable. Comme intervenant régulier à la télévision et à la radio de Radio Canada depuis 1992, je ressens pour la première fois une sorte de manipulation.

Par conséquent, si vous le souhaitez, je serais bien heureux de pouvoir m’expliquer en ondes afin de mieux préciser la situation de l’immigration en Acadie telle que je la perçois.

Cordialement.