Renforçons notre démocratie!

L’an dernier, David Coon a déposé un projet de loi pour accorder le droit de vote aux jeunes de 16 ans. Le projet a été adopté en deuxième lecture, mais est par la suite mort au feuilleton. Le gouvernement s’était alors engagé de se pencher sur la question. Récemment, le sujet refait surface en raison de sa mention dans un document de travail sur la réforme électorale présenté à l’Assemblée législative. J’estime que le gouvernement devrait aller d’avant avec ce changement, et ce pour plusieurs raisons.

La démocratie est une forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple. Dans un système où l’on reconnaît le droit aux citoyens de choisir leurs représentants, pourquoi exclure la jeunesse? Pour solidifier davantage les principes démocratiques à la base de notre société, il est nécessaire d’engager la jeunesse dans les débats et de faire en sorte que les jeunes aient réellement l’oreille attentive des décideurs. Les décisions prises à Fredericton influencent tout autant les jeunes que n’importe quelle autre tranche d’âge dans l’immédiat et auront même un impact à plus long terme sur la nouvelle génération.

Les enjeux ne sont pas les mêmes d’une tranche d’âge à l’autre. Avec le vieillissement de la population, il y a un déséquilibre démographique qui se crée. Le poids politique des enjeux concernant la jeunesse, tel que l’éducation postsecondaire, est plus faible que celui des questions concernant les personnes plus âgées. Réduire l’âge du droit de vote permettrait de rétablir quelque peu ce déséquilibre tout en incitant les politiciens à s’intéresser de plus près aux enjeux concernant la jeunesse lors des campagnes électorales.

À 16 ans, on peut notamment obtenir son permis de conduire, consentir à une relation sexuelle, se marier et payer de l’impôt sur son revenu. On juge également un adolescent terminant son secondaire assez mature pour faire un choix de carrière qui influencera le restant de sa vie, mais il lui est impossible de voter. Est-il normal que l’on demande à des individus de se conformer aux lois et d’accepter un grand lot de responsabilités sans leur donner pour autant le droit de choisir leurs représentants?

Bien entendu, un abaissement de l’âge du droit de vote devrait être accompagné de modifications au cursus scolaire afin d’accorder une plus grande place à l’éducation civique. Les sciences fondamentales, les mathématiques et les langues sont des matières d’une grande importance, mais former de jeunes citoyens engagés et informés l’est tout autant. Dans le cadre d’un cours dédié à cela, il serait de mise de mettre l’emphase sur le fonctionnement de notre système électoral, sur ce qu’est une démocratie, sur les partis politiques, etc. Ces apprentissages permettraient à la nouvelle génération d’avoir les outils nécessaires pour faire des choix politiques éclairés maintenant et tout au long de leur vie. Le rôle de l’école n’est pas seulement de transmettre des connaissances mais bien de former des citoyens.

Les jeunes pourraient dès 16 ans prendre l’habitude de se rendre aux urnes le jour du vote. Lorsque l’on interroge des personnes de 18 ans sur les raisons de leur abstentionnisme, beaucoup l’expliquent par un manque de connaissances. D’ailleurs, à 18 ans, plusieurs individus ont déjà quitté le nid familial après avoir terminé leurs études secondaires. Le vote à 16 ans permettrait aux jeunes de voter pour une première fois en étant encadrés par leur famille et par un cursus scolaire adéquat. On favoriserait les chances que d’aller voter devienne une habitude en augmentant ainsi le taux de participation aux élections à long terme.

Les opposants à un abaissement de l’âge du vote soutiennent fréquemment que les jeunes ne sont pas assez matures et informés afin d’effectuer un choix éclairé devant l’urne. Je répondrais que cela est loin de ne concerner que les jeunes. Si le droit de vote était accordé en fonction des connaissances politiques et des enjeux sociaux, beaucoup se verraient amputés de ce droit, ce qui serait totalement inacceptable dans une démocratie. D’ailleurs, c’est pour pallier à ce problème de manque de connaissance que l’instauration du vote à 16 ans devrait s’accompagner de modifications au curriculum scolaire afin de former des électeurs plus éclairés.

D’autres se plaignent du manque d’engagement de la jeunesse. Eh bien, aujourd’hui, ce sont les jeunes qui demandent d’être entendus et d’avoir voix au chapitre. Le mouvement pour l’abaissement de l’âge du droit de vote est parti d’une initiative de la fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB). Les jeunes veulent faire une différence dans leur communauté et pour ce faire, il faut leur laisser la chance d’être entendus.

Le Nouveau-Brunswick pourrait passer à l’histoire en étant la première province canadienne à instaurer le vote à 16 ans. Nous avons la chance d’innover et d’être au premier plan dans un domaine. Plusieurs pays et régions dans le monde ont déjà introduit le vote à 16 ans, dont l’Autriche et quelques länder allemands. Dans le futur, lorsque le vote des jeunes sera rendu la norme, nous pourrions apprendre dans les cours d’histoire que notre province fut la première à faire une plus grande place à la jeunesse dans son processus démocratique. J’espère de tout cœur que nos représentants à l’Assemblée législative iront d’avant avec une réforme électorale abaissant l’âge du vote de 18 ans à 16 ans. Notre démocratie n’en ressortirait que renforcée.

Guillaume Deschênes-Thériault

Bachelier en science politique
Kedgwick