Le bilinguisme sur demande à Énergie NB

Les citoyens de la province viennent de recevoir un «Home Energy Report» d’Énergie NB. C’est ce qu’indique ma copie reçue en anglais seulement. Quand on en demande la justification, on répond que si vous demeurez dans les régions de la province allant de Woodstock à Moncton ou à peu près, vous recevez automatiquement une copie en anglais. Si vous demeurez dans la plupart des régions du Nord, votre copie est expédiée en français.

Or, les anglophones en général ne sont jamais incommodés par des questions de langue sauf dans de rares exceptions. Le gouvernement, par ses instances administratives, voit en tout temps à respecter ce droit chez eux. Un anglophone de St Stephen n’a jamais à rappeler aux instances gouvernementales qu’il veut être servi dans sa langue.

Mais, si vous êtes un francophone des régions de Saint Jean, de Fredericton, de Moncton, de Miramichi et d’ailleurs, il vous faut communiquer avec un agent de la corporation pour revendiquer un traitement en français. On vous l’accordera. Du côté anglophone, on n’a pas à bouger le petit doigt: le traitement est automatique. Qu’un francophone, minoritaire vivant dans une des régions du Sud et peut-être dans certaines du Nord ait à en faire la demande, cela ne constitue pas un bilinguisme égalitaire.

Si, vous êtes un francophone et ne ripostez pas, cela peut vouloir dire que vous êtes satisfait du traitement. Et, un bon jour, il vous est donné d’entendre en Chambre ou ailleurs un député ou un ministre dire que les Acadiens et les francophones ne sont pas intéressés au bilinguisme: si peu en font pas la demande. Quand on a affaire à un bilinguisme officiel et institutionnel, un tel traitement est inéquitable et inacceptable. Il s’agit là de deux poids, deux mesures.

Lorsque j’ai demandé à Énergie NB pourquoi la nouvelle documentation n’était pas bilingue tout comme le sont les factures d’électricité, on m’a répondu que c’était pour sauver des arbres. «Alors, ce sont les francophones qui doivent en payer le prix?», ai-je rétorqué. Allons faire de même du côté anglophone pour voir la détonation soudaine à laquelle nous aurons droit. Chez Énergie NB, on n’a rien voulu comprendre. On se contente de dire que la corporation se fera un plaisir de faire parvenir le tout en français sur demande.

La même chose est arrivée quelques années passées quand NBTel (BellAliant), une corporation privée, a décidé d’oublier ses factures bilingues à la faveur de factures unilingues. Comme pour Énergie NB, il fallait que les clients francophones des régions susmentionnées en fassent la demande. La raison: les factures bilingues étaient trop chargées. Je n’en ai jamais cru un mot. Les factures de NBTel avaient tout autant d’espace que celles d’Énergie NB, et ces dernières donnent beaucoup d’information.

Le formulaire «Home Energy Report» a suffisamment de place pour tout inscrire, dans les deux langues, l’information qu’Énergie NB veut transmettre. Qu’on en offre la mise en page à un jeune artiste habileté dans le domaine, et il en fera un produit attrayant et informatif.

Il y a quelques années, un agent du Nouveau Parti démocratique fédéral me téléphonait pour un don politique. J’ai fait connaître mon mécontentement relatif à la documentation unilingue anglaise en provenance du parti national. «Le Canada est divisé en région anglophones et en régions francophones», m’a-t-on dit. Quand je lui ai demandé si la vraie raison n’était pas plutôt qu’on ne voulait pas indisposer les anglophones de l’Ouest avec un bilinguisme intégral, on m’a répondu que c’était à peu près le cas, et qu’il y aurait ainsi moins de facilité à recueillir des fonds. J’aimerais savoir si tel est le cas des autres partis fédéraux. Si oui, c’est inacceptable! Les partis politiques doivent être les premiers à donner et à se donner en exemple.

Le bilinguisme est un caractère que le Canada a bien voulu se donner. S’il est bon et valable, il se doit de paraître partout au pays indépendamment du lieu. Nous nous devons d’insister pour que la chose soit respectée. N’acceptons pas ce genre de bilinguisme à la Énergie NB et de certaines corporations privées desservant un large public.

Hector J. Cormier
Moncton