Le Nouveau-Brunswick gagnera à partager ses données

Mathieu Bélanger,
Directeur de la recherche au Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick

On est dans l’ère de l’information. Jamais avant n’aura-t-on vu aussi grande utilisation de l’information qu’on génère. Cette information, c’est souvent inconsciemment qu’on la produit, mais ceci n’enlève rien à son utilité. C’est grâce à l’analyse de toutes ces informations anodines que Facebook détermine qui nous recommander comme amis, qu’Amazon sait nous suggérer des achats susceptibles de nous intéresser et que les bannières de publicité qu’on voit sur internet s’arriment instantanément avec nos dernières recherches. Évidemment, s’ils arrivent à formuler de l’information aussi précise aussi rapidement, c’est que les grands joueurs de ce monde ont depuis longtemps mis de côté les méthodes «traditionnelles» de collecte et d’analyse de données.

À l’image des grandes corporations qui tirent profit de ce qu’on appelle couramment «big data», les gouvernements peuvent aussi en être avantagés. En fait, l’état actuel des finances publiques au Nouveau-Brunswick et la croissance continue de coûts associés au système de santé doivent nous forcer à trouver des manières plus efficaces et efficientes de faire les choses. Une utilisation plus intelligente de l’information disponible fait partie de la solution.

De tous les dépositaires d’information sur la planète, on pourrait lancer l’argument que ce sont les gouvernements les plus riches en données. C’est-à-dire que chaque fois qu’un néo-brunswickois utilise un service provincial comme visiter son médecin de famille, utiliser des services hospitaliers, aller à l’école, renouveler un permis de conduire ou être admis à un foyer de soins, des données sont collectées. Assez étrangement par contre, même si on peut parler de réelle mine d’or en données, ceci n’est pas synonyme de richesse en information.

Un des plus grands défis dans le développement d’information pertinente et utile à partir des «big datas» réside dans l’analyse de ces données. Il est effectivement très difficile de transformer les données en connaissances et le gouvernement fait face à tellement de restrictions financières que d’investir des ressources humaines pour mener plus d’analyses ne semble pas réaliste.

Une façon de contrer ce défi est de donner accès aux données aux chercheurs et c’est justement ce que le gouvernement Gallant a facilité récemment en déposant un projet de loi qui viendra modifier certains textes législatifs afin de permettre le partage de données avec la communauté scientifique.

Essentiellement, le gouvernement a pris un pas de plus dans le développement de ce qu’il appelle une «province intelligente». En permettant aux chercheurs d’analyser ses données, le gouvernement s’offre l’accès à de meilleures informations pour établir des priorités et réviser des programmes et politiques en temps opportun.

Ayant plus grand accès aux données administratives provinciales, la communauté scientifique pourra se lancer dans l’analyse d’effets de programmes, d’évaluation de politiques et d’identification de besoins.

On a déjà quelques exemples de ce qu’il est possible de faire avec les données administratives provinciales. Par exemple, c’est grâce à de telles données que le Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick a récemment réussi à identifier des caractéristiques de modèles d’offres de services aux patients atteints du diabète qui sont associées à de meilleurs résultats et les réseaux de santé ont pu utiliser cette information pour réviser leurs services.

Si cette ouverture à permettre l’accès aux données est si positive, on pourrait se demander pourquoi ça n’arrive que maintenant. À ça, il existe plusieurs éléments de réponses, mais un des plus importants est que les fonctionnaires se sont assuré que les choses soient faites dans les règles de l’art. Avec les mesures mises en place, seules des données anonymes sont partagées avec des centres de données accrédités respectant les plus hauts niveaux de sécurité. C’est donc dire que les données auxquelles les chercheurs ont accès n’incluent aucune information permettant d’identifier les individus. De plus, les chercheurs peuvent accéder aux centres de données seulement sous supervision, et ce, après avoir passé par un processus rigoureux d’évaluation et de formation.

En somme, ceci représente un excellent coup de la part du gouvernement provincial. Avec la mine d’or en données non exploitées maintenant disponibles, les chercheurs de la province peuvent proposer des projets de recherche unique au pays et même dans le monde. Ainsi, les bases de données vont rapidement devenir un pouvoir d’attraction de fonds fédéraux et privés pour la recherche et s’en suivra le recrutement de personnel hautement qualifié. Ces retombés s’ajoutent à celles déjà mentionnées en termes de développement d’information et de prise de décisions fondées sur ces informations. C’est donc à tous les niveaux que la province et sa population gagnent.