Un p’tit beigne avec ça?

Dans l’Opinion du samedi 1er avril, Cyrille Sippley nous apprend qu’on a mordu à l’hameçon à Saint-Louis-de-Kent! On vient d’ouvrir un Tim, avec un affichage tout en anglais. C’est la consternation, avec raison.

L’automne dernier, les médias nous apprenaient que Craig O’Neill fait des affaires en or au Nouveau-Brunswick. Dans la seule ville de Moncton, son eldorado, le riche président du «Corey Craig Group» compte 18 restaurants Tim Horton! Le futé propriétaire se plaît à dire qu’il doit son succès au fait qu’il «propose un produit plus abordable que d’autres établissements du genre, dans des régions où le revenu moyen des ménages est parmi les plus faibles au pays.» Dans le comté de Kent, c’est donc bingo! Il a trouvé la bonne clientèle et le personnel acadien bilingue, au cas où des francophones viendraient exiger de se faire servir dans cette langue gênante. Et il ouvre le 37e Tim dans le sud-est de la province!

Mais à Saint-Louis-de-Kent, qui saura faire comprendre à Craig O’Neill que la majorité de la population parle le français? Qui lui dira aussi que son affichage tout anglais est un signal de déni et de mépris de la langue des très nombreux voyageurs qui s’arrêtent, en provenance du Québec, du nord de la province et de la Péninsule acadienne? Pour sensibiliser le président O’Neill à la question du bilinguisme, peut-on vraiment compter sur notre gouvernement provincial? Quand nos élus se promènent hors de nos frontières, cherchant à amadouer de nouveaux arrivants, ils se plaisent à répéter que nous sommes la seule province bilingue au Canada… Notre gouvernement doit aussi absolument intervenir directement sur notre territoire, auprès des marchands qui viennent s’installer dans nos régions, s’enrichissent à nos dépens et, pendant ce temps, ferment complètement les yeux et les oreilles au fait français! Le jour où plus personne ne saura lire ni parler convenablement le français chez nous, parce qu’on aura tout fait pour nier son existence et nous en détourner, bien peu de choses nous distingueront des autres provinces. Ou plutôt, au rythme où vont les choses, nous formerons peut-être bientôt la province canadienne la plus analphabète, la plus imbibée de café et la plus fortement sacrifiée au service de l’empire Tim Horton!

Un p’tit beigne avec ça?

Adrienne Deveau
Bathurst