Pourquoi faire ses impôts quand on n’a aucun revenu?

C’est encore une fois le temps des déclarations de revenus, le temps où l’on trie sur la table de la salle à manger les papiers et les reçus placés dans des boîtes à chaussures ou le temps où on les apporte chez le comptable.

Nous serons nombreux à rester debout trop tard devant notre écran d’ordinateur à taper des chiffres et à nous croiser les doigts en espérant que le tout plaît au gentil personnel de l’Agence du revenu du Canada. Et pendant que l’on réunit, que l’on imprime et que l’on empile les documents ou que l’on transmet simplement par courriel sa vie financière au gouvernement, un nuage noir plane au-dessus de nos têtes, car on s’interroge sur le montant à payer ou ce qu’on pourra faire cette année avec son remboursement d’impôt.

Mais ces questions ne se posent pas pour de nombreuses personnes de notre collectivité qui vivent d’une paie à l’autre ou qui comptent sur les services communautaires pour joindre les deux bouts ou même celles qui ont de la difficulté à tenir le coup jusqu’à leur prochain repas.

S’attaquer aux conséquences de la pauvreté et à ce que l’on appelle les déterminants sociaux de la santé – la sorte de maison qu’on habite, si l’on travaille ou non, la sorte de scolarisation qu’on a reçue, etc. – est une préoccupation que nous avons sur le bout de la langue en tant que membres engagés de la collectivité. S’attaquer à la pauvreté est également la raison d’être d’innombrables organismes sans but lucratif et représentants du gouvernement. Toutes ces personnes font leur possible pour que l’aiguille de la jauge de pauvreté bouge, mais que pouvons-nous faire aujourd’hui pour changer la situation? Que pouvez-vous changer?

En tant que médecins, une des choses que nous remarquons est le nombre de plaintes concernant le manque de services pour les personnes qui en ont besoin. Nous sommes en partie d’accord, mais nous savons qu’il y a déjà dans la collectivité de nombreux services dotés d’une certaine capacité. Mais ces derniers ne sont efficaces que si les gens les connaissent.

Nous avons fait affaire avec de nombreux Néo-Brunswickois partageant une situation commune. Ils ont fait très peu d’argent l’an passé, voire aucun. Ils n’ont pas reçu de chèque de paie. Ils n’ont pas présenté de déclaration de revenus l’an passé ou l’année précédente et ils n’ont pas d’adresse courante indiquée sur un document financier récent. Si vous êtes cette personne, pourquoi devriez-vous remplir une déclaration de revenus? Eh bien, parlons d’argent.

Pour obtenir de l’aide financière, les citoyens doivent remplir leur déclaration de revenus. Cela est censé pour de nombreuses raisons, mais représente un défi pour les personnes qui sont convaincues que remplir une déclaration de revenus est une perte de temps – ou pire, que le gouvernement va commencer à leur demander de payer de l’impôt.

Donc, si vous connaissez quelqu’un dans votre paroisse ou dans un groupe communautaire ou quelqu’un à qui vous enseignez à lire ou dont vous entraînez l’enfant dans un sport – posez-lui cette question simple: alors, comment ça va cette année dans la préparation de votre déclaration de revenus? Si vous soupçonnez que quelqu’un n’a pas rempli sa déclaration de revenus ou se sent intimidé de le faire, suggérez-lui de s’adresser à une clinique de préparation gratuite de déclarations de revenus dans sa localité. Vous n’avez pas besoin de connaître sa situation financière ni même de poser des questions à ce sujet. Ces cliniques servent à aider les gens gratuitement à préparer leur déclaration de revenus, et ils pourraient alors être admissibles à des prestations gouvernementales dont ils ignoraient l’existence.

Deuxièmement, si vous faites partie d’un organisme communautaire ou si vous en connaissez un qui tente de sensibiliser à l’existence de son service, assurez-vous qu’il est enregistré auprès du Human Development Council et de groupes financés par le gouvernement provincial comme les réseaux d’inclusion communautaires. Ces réseaux aident les organismes communautaires accomplissant un travail formidable à mieux se connaître, à comprendre les services offerts par chacun et à se concentrer sur les besoins les plus pressants de la collectivité.

À ce propos, nous devons continuer de plaider en faveur d’un registre des ressources communautaires qui couvre toute la province, mais qui est soutenu par la communauté locale. Le registre devrait être lié aux répertoires de ressources des autres provinces. De nombreuses provinces ont un service téléphonique 211, qui comprend les ressources nationales offertes à tous les Canadiens et Canadiennes, mais également les formes provinciales et locales d’aide. Un projet pilote est amorcé; il s’agit d’une base de données provinciale de ressources en ligne. Une fois qu’il aura été mis en place partout dans la province, le service 211 sera accessible 24 heures sur 24, sept jours sur sept, 365 jours par année afin d’aider à diriger les citoyens et les organismes vers les ressources capables de les aider.

Soyons réalistes – personne n’aime préparer sa déclaration de revenus. Mais si vous connaissez quelqu’un qui pourrait obtenir des milliers de dollars en prestations pour lui-même ou sa famille, demandez-lui s’il a préparé sa déclaration de revenus cette année ou demandez-lui de s’adresser à une clinique de préparation gratuite de déclarations de revenus. Il pourrait s’agir de la première étape vers un meilleur avenir financier – et en tant que médecins, on peut l’affirmer, vers une meilleure santé également.

Dre Linda Dalpé
Dre Sarah Gander