À la recherche de l’égalité réelle: une omission et une précision

Me Michel Doucet vient de publier une œuvre magistrale de 626 pages, «Les droits linguistiques au Nouveau-Brunswick: À la recherche de l’égalité réelle!» Son distingué préfacier, l’honorable Michel Bastarache, qualifie l’ouvrage, avec raison, «d’outil indispensable». Cette somme juridique et constitutionnelle était attendue depuis longtemps; parions qu’elle aura une longue vie utile.

Cette parution me porte à faire deux observations; la première concerne une omission importante, il me semble, et la seconde la répétition d’un vieux bobard qui a la vie longue et auquel j’aimerais tordre le cou une fois pour toutes.

En premier lieu, dans le chapitre premier, «Survol des droits linguistiques», Maître Doucet s’interroge sur les Acadiens et la Confédération. En traitant de cette question importante et qui n’est pas encore résolue d’une manière satisfaisante, l’auteur semble ignorer l’élection d’Auguste Renaud comme député de Kent lors de la première élection fédérale le 7 août 1867.

Français «de France» qui s’était fait naturaliser sujet britannique à Dorchester le 18 juillet 1867, juste à temps pour participer à l’élection, Auguste Renaud remporta le siège avec une majorité de 119 voix contre trois adversaires anglophones. L’épisode mériterait d’être étudié à fond, mais puis-je suggérer que l’on débute en lisant mon essai sur la question: «Un pionnier politique de l’Acadie: Auguste Renaud», publié dans Les Cahiers, Société historique acadienne, vol. 35, no 3, juillet-septembre 2004, p. 113-120.

En second lieu, Me Doucet reprend un propos erroné, page 75, en signalant que Messieurs Alexandre Boudreau et Uldéric Nadeau, les deux francophones membres de la Commission Byrne, hésitèrent à signer le rapport final «devant le refus des autres commissaires de formuler une recommandation concernant les langues officielles.» Il cite à l’appui de cette assertion, déjà évoquée à la page 30 dans son livre Le discours confisqué (1995), le livre de l’historienne Della M.M. Stanley, Louis Robichaud: A Decade in Power (1984), p. 129.

Ce n’est pas du tout ce que la professeure Stanley a écrit. Elle dit, page 129: «In spite of hesitancy on the part of Dr. Boudreau and Alderic (sic) Nadeau to sign the final report because they opposed Byrne’s refusal to include a recommendation for a dual French and English school system …». Il ne s’agit pas de langues officielles en tant que telles. Du reste, la dualité au ministère de l’Éducation est née avec la nomination de deux sous-ministre, un francophone et un anglophone, par la gouvernement Robichaud.

À l’époque j’étais chef de cabinet adjoint du premier ministre Robichaud et totalement immergé dans le Rapport Byrne et la législation qui en découla. Il est peu probable que je n’ai pas su ce qui se passait, pourtant je n’ai aucune souvenance d’hésitations de la part des deux commissaires. M. Robichaud non plus ! Quand j’évoquai la question devant lui, des années plus tard, il était absolument abasourdi. Il m’affirma – nous étions dans son jardin à Ottawa – que c’était la première fois qu’il en entendait parler! Messieurs Boudreau, Nadeau et Robichaud sont décédés, mais on peut se fier à la mémoire du principal intéressé dont je rapporte ici fidèlement la réaction.

Peut-on, enfin et une fois pour toutes, confier aux oubliettes de l’histoire cet avatar qui résulte sans doute d’une lecture trop hâtive?
Robert Pichette
Fredericton