Pourquoi fallait-il détruire Hillary Clinton?

Les Américains ont élu un bouffon à la tête de leur pays, une coquille vide, un homme sans vision et sans scrupule alors que monde aurait pu hériter d’une dirigeante des plus aptes, une personne compétente et une femme d’expérience admirée partout dans le monde. Et pourtant, tout a plutôt contribué à l’abattre.

Malgré tout ce que ses opposants ont proféré de saleté à son sujet, Hillary Clinton a obtenu près de 66 millions de votes, environ trois millions de plus que cet adversaire qu’on a caractérisé de narcissique, de mythomane, de mégalomane, d’être imprévisible qui pourrait amener le monde dans un conflit majeur. Si ces élections avaient eu lieu en France, en Allemagne ou en Italie, elle serait la présidente de son pays.

Depuis son entrée dans le monde politique, soit dans l’ombre de son mari ou par ses propres prouesses, on a eu de cesse de la démolir. Jeune avocate, elle impressionnait déjà par sa grande intelligence et son goût des causes sociales et des droits de la personne, dont ceux des enfants, des femmes et des minorités. Faute de pouvoir l’attaquer sur ce plan, on ne lui pardonnait pas, une fois mariée, d’avoir gardé son nom de fille. Ses verres trop épais et sa coiffure trop hippie ne la rendaient pas assez féminine au goût de l’establishment de l’époque.

Depuis le moment où, à côté de son mari, alors gouverneur de l’Arkansas, elle a voulu faire des soins de santé et de l’éducation son cheval de bataille, on l’a présentée comme une personne dominante qui ne savait pas tenir sa place. Ainsi, cette femme d’ambition, qui voulait, à son tour et par d’autres moyens changer le monde, donnait à ses adversaires politiques les seules raisons qu’ils avaient de la massacrer.

Parce qu’elle a choisi de demeurer près d’un mari parfois trop volage, on lui a reproché d’être une facilitatrice. Et, si elle l’avait quitté, on l’aurait accusée d’abandonner le bateau alors qu’il coulait.

Comme secrétaire d’État, on a reconnu en elle une femme capable de gagner le respect des grands de ce monde et de redorer le blason de son pays. Nombreux sont ceux, y compris ses adversaires politiques, qui ont loué sa haute compétence et son habileté à naviguer dans le monde diplomatique. Mais qu’elle ait voulu se propulser à la tête de l’État, c’en était trop. Il fallait lui barrer la route, ternir sa réputation et en faire un être méprisable.

Non seulement lui fallait-elle affronter un Donald Trump déchaîné, il y avait aussi sur son chemin Bernie Sanders, le Parti républicain, James Comey, le directeur du FBI, les médias de droite comme de gauche et la Russie, qui s’est immiscée dans les élections américaines. On y est allé de fausses nouvelles selon lesquelles le pape François aurait appuyé la candidature de Donald Trump.

On a voulu faire croire que Mme Clinton était peu fiable et menteuse. On a dit qu’elle avait chez elle un serveur «interdit», ce qui est complètement faux. La chose était permise pour elle tout comme elle l’était pour son prédécesseur Colin Powell. Le nouveau règlement était entré en vigueur juste après son départ du secrétariat d’État. Une poignée de messages ont été classés comme étant des «secrets d’État», mais seulement rétrospectivement.

Pour Trump, elle était la «crooked Hillary». Pour Sanders, elle était le symbole de l’establishment et des intérêts de Wall Street, et tout cela répété ad nauseam sur les divers réseaux d’information.

Son plus grand tort, c’était d’être femme, libérale et progressiste, de surcroît, qui aspirait à la présidence de son pays. Allait-elle trop promouvoir les grandes causes? Trop s’attaquer aux énormes problèmes sociaux du pays? Trop s’intéresser aux femmes, aux Noirs, aux immigrants et aux étudiants?

Hillary Clinton a été et est une femme réfléchie, une femme de vision et d’action: c’en était peut-être trop pour bon nombre d’Américains. Il fallait la détruire. On s’y est affairé. L’histoire n’aura peut-être pas à la réhabiliter complètement et lui redonner ses lettres de noblesse, car elle s’est déjà relevée et est prête à foncer dans de nouvelles batailles pour toutes sortes de causes nobles.

Hector J. Cormier
Moncton