Boucs émissaires

En réponse à l’article intitulé Foyers: l’augmentation en flèche des loyers sème l’inquiétude paru dans l’Acadie Nouvelle du lundi 17 avril.

Il est grand temps que la situation des foyers de soins spéciaux dans la province soit exposée sur la place publique. D’abord, je ferais remarquer qu’une augmentation de loyer mensuelle de 75$ représente environ 3% du loyer (75$/2421$) et pourrait être raisonnablement justifiée par la hausse des dépenses. Je considère donc l’emploi de l’expression «augmentation en flèche» d’excessive. C’est l’augmentation que la clientèle devra s’attendre à payer chaque année si le gouvernement maintient ses taux actuels.

Je suis le propriétaire d’un foyer de soins spéciaux depuis 34 ans. Un élément qui a semblé échapper à l’attention est que depuis 2008, le gouvernement s’est pratiquement désengagé du financement.

À titre d’exemple, durant cette période, il a consenti à majorer son taux de 3$ par jour par résident à deux reprises. Ce montant n’a permis que de payer une augmentation de 2$ de l’heure alors que les salaires ont augmenté de 4$ de l’heure et que les autres dépenses ont augmenté au rythme de l’inflation. Il faut croire les propriétaires quand ils disent qu’ils n’ont pas le choix.

Il en résulte que les établissements qui peuvent compter sur une clientèle mieux nantie, en ville, tel Shannex, peuvent très bien se tirer d’affaire, mais ceux dans les régions rurales sont menacés, à plus ou moins long terme. Que les associations à la défense des aînées cessent de se donner bonne conscience en accusant les propriétaires «d’abus» et tiennent compte de la réalité. Le financement des foyers de soins spéciaux, s’il ne provient pas du gouvernement, provient des poches de la clientèle, soit les aînés. Je sais bien que le gouvernement est en mauvaise posture financière, mais qu’il ait au moins le courage d’admettre publiquement en conférence de presse qu’il ne peut pas faire davantage – si réellement c’est le cas – et que c’est aux aînés et leur famille d’en faire plus.

La valeur de mon établissement n’est plus qu’au deux tiers de ce qu’il m’a coûté pour le construire, parce que je n’ai pas voulu refuser les clients qui ne peuvent pas payer davantage. Mais je suis fatigué de servir de bouc émissaire et il est carrément injuste d’insinuer que les propriétaires exploitent leur clientèle quand ils ne cherchent qu’à survivre ou à assurer la pérennité de leur établissement et les bons soins qu’ils donnent.

Serge Saint-Amant, propriétaire
Résidence Au Bénaise Saint-Antoine