Un dimanche désastreux, une saison remarquable pour Jonathan Gionet

Ce n’est pas une mauvaise journée au bureau qui va ruiner le moral de Jonathan Gionet. Mais il aura quand même fallu au colosse de Bathurst deux jours pour décompresser et finir par passer par-dessus sa pire performance de l’année au lancer du poids, dimanche, aux Championnats canadiens universitaire d’athlétisme.

À l’autre bout du fil, le ton est jovial. L’homme est ricaneur. Il concède que ça va mieux, après avoir pris deux jours pour récupérer de son séjour désastreux à Edmonton.

Désastreux? Oui. Et c’est lui qui le dit.

Car l’athlète âgé de 22 ans, classé au quatrième rang universitaire au pays dans cette discipline, visait légitimement un podium en Alberta. Il venait d’établir un record provincial de 16m76, réussi aux Championnats du Sport universitaire de l’Atlantique il y a deux semaines. En pleine confiance, il visait 17m, même 17m26, le standard A+ pour les Jeux de la Francophonie auxquels il prendra part, cet été, à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Mais il a fait patate dimanche en finale. Il a dû se contenter d’un maigre 13m27. Comparé à sa marque du Nouveau-Brunswick, aussi bien dire que cet écart énorme représente la distance de la Terre à la Lune.

Le porte-couleurs de l’Université du Nouveau-Brunswick ne se souvenait même pas quand il avait atteint cette distance la dernière fois. À la blague, il a indiqué qu’il aurait probablement lancé plus loin du bras gauche.

«Je me sentais bien, mes entraînements allaient bien, mais j’étais un peu trop excité, je crois. Cela m’a joué un tour. Et quand je suis arrivé à la compétition dimanche, j’étais brûlé. Tout s’est mis à mal aller. C’était désastreux. Ma technique de rotation était affreuse. Je n’ai aucun mot pour dire comment c’était mauvais… Ce n’était pas le Jonathan Gionet qu’on connaît», avoue-t-il d’un ton résigné, admettant du coup éprouver une fatigue mentale à la suite d’une longue saison de compétitions intérieures.

Dimanche, celui qui occupe également le septième échelon canadien au niveau senior broyait du noir sur le vol du retour. Lundi, il a pris du recul. Il a même visionné sa performance à Edmonton. Comme il n’y avait rien de bon à retenir, il a facilement passé à autre chose. Mardi, tout allait mieux et le soleil était réapparu dans son appartement de Fredericton.

«J’ai décidé de ne pas laisser une mauvaise compétition gâcher ma bonne saison. J’ai lancé tellement loin cette année, c’est tout simplement incroyable. Normalement, les bonnes progressions dans une saison sont d’un demi-mètre au lancer du poids. Mais il n’y a rien de normal dans mon cas puisque j’ai gagné 1,7 mètre! Il y a nettement plus de positif que de négatif», affirme-t-il avec entrain.

Gionet prendra les deux prochaines semaines pour se reposer un peu avant de reprendre le travail avec son entraîneur Yvan Pelletier. Car le printemps et l’été seront fort chargés pour ce gaillard de 6 pieds 1 pouce et 250 livres.

Il y aura d’abord un camp d’entraînement de haut performance de trois semaines en Californie, vers la fin avril. Il cherchera alors à briser la marque des 17 mètres. Il y a aussi au calendrier les Championnats nationaux extérieur d’athlétisme, à Ottawa au début de juillet. Mais surtout, l’athlète par excellence en 2016 d’Athlétisme Nouveau-Brunswick portera les couleurs de la province aux Jeux de la Francophonie en Côte d’Ivoire, à la fin de juillet.

«Les Jeux de la Francophonie seront ma plus grosse compétition, c’est certain. Ce sera ma première fois au niveau international et j’ai hâte de voir où je vais me situer face aux meilleurs au monde», souhaite le détenteur d’un baccalauréat en criminologie, qui aimerait bien prendre une année sabbatique des études afin de se consacrer à temps plein au lancer du poids.

Rendu à Abidjan, Jonathan Gionet ne pensera certainement plus à ce dimanche de mars où tout a mal fonctionné pour lui à Edmonton.