Les émotions d’un championnat libérateur à Caraquet

Au-delà du gain de 4 à 2 des Acadiens du Grand Caraquet sur les Rameurs de la baie des Chaleurs, dimanche à Caraquet, plusieurs émotions marquantes ont pimenté ce septième match de la finale de la Ligue de hockey senior Acadie-Chaleur.

Cette rencontre ultime s’est décidée en l’espace de 37 secondes en milieu de deuxième période, quand les Acadiens ont marqué à trois reprises (Jean-Samuel Lagacé, Brian Gionet et Mario Albert). Malgré la réplique de Rémi Doucet moins de deux minutes plus tard, le mal était fait.

La libération

Quand la dernière seconde au cadran s’est écoulée, une pluie de bâtons, de gants et de casques a célébré un premier championnat de hockey senior à Caraquet depuis 1972. La foule a réservé une bruyante ovation à ses favoris pendant les tours d’honneur avec le trophée.

«On est libéré, on est heureux», s’est exclamé le capitaine Yan Rail.

«C’était important pour la communauté, a ajouté l’entraîneur-chef Mario Gaudet, dégoulinant de champagne. Ça faisait depuis 1972… On vient de donner une dernière grosse victoire dans ce vieil aréna.»

L’inspiration

Brian et Danny Gionet avec leur père, Gérald, tenant le trophée des champions. – Collaboration spéciale: Louis Légère

Aminci et amaigri par la maladie, Gérald Gionet s’est avancé lentement au centre de la patinoire, portant fièrement un chandail des Acadiens bien trop grand, avec ses fils Brian et Danny. Le président du circuit, René Savoie, lui a remis la coupe.

«Ç’a fait mal tout l’hiver, a révélé Brian en pensant à son père malade. Ç’a été une saison difficile. Tout le travail qu’on a fait est là (en pointant la coupe). Honorer mon père est une idée de l’organisation, Ça fait chaud au coeur.»

«C’était la moindre des choses, a admis le capitaine Yan Rail. Gérald a été notre source d’inspiration.»

L’insouciance

Il n’a que 20 ans et lui parler de 1972, c’est comme revenir des siècles en arrière. Le gardien Antoine Landry a goûté au champagne avec ses chums, comme il le dit. L’insouciance de la jeunesse autour des vétérans du hockey…

«Le hockey a occupé une bonne partie de ma vie. Ces gars-là, je les connais depuis que je suis tout petit. Ce championnat signifie tellement de choses pour des joueurs comme Yan, Danny et Brian. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu droit à ça. C’est vraiment spécial.»

Les larmes

La chance de disputer un septième match d’un championnat n’est pas donné à tout le monde. Yan Rail a tenu à le rappeler à ses coéquipiers avant la rencontre.

«Le gros du travail a été de calmer les joueurs après notre victoire de samedi (4 à 1 à Bathurst) qui nous a donné confiance. J’ai voulu faire réaliser aux gars que de jouer un septième match pour la coupe se compte sur les doigts d’une seule main. Il fallait apprécier le moment», a soutenu Yan Rail.

Le capitaine a également pensé à son grand ami Roberto Bob Bissonnette, décédé en septembre dans un accident d’hélicoptère alors qu’il était venu célébrer son mariage à Caraquet.

«On en a calé une pour lui. J’ai pensé à lui toute la journée. Il était au match avec nous…», a déclaré Rail avant de s’effondrer en larmes.

La déception

Bien entendu, la déception était vive dans le camp des Rameurs. L’entraîneur-chef Dave Aubé et l’arbitre Jean-Marie Albert se sont engueulés vertement à la sortie de la patinoire.

«L’arbitrage a été zéro, pourri. Chaque fois que le deuxième arbitre donnait une pénalité aux Acadiens, l’autre (Jean-Marie) nous en donnait une. Il m’a insulté. Ça ne marche pas comme ça, le hockey. Nous avons eu 38 matchs de suspension en série, elle est où la justice?», a fulminé Aubé, qui a tenu à remercier les joueurs, les partisans et les commanditaires pour cette belle saison des Rameurs.

L’adjoint Denis Jean est venu calmer le jeu. «Nous avons une très belle ligue avec beaucoup de potentiel avec les jeunes. Caraquet a joué du bon hockey.»

L’épuisement

Assis dans un coin du vestiaire des Rameurs, Rémi Doucet regardait dans le vide, sans bouger. Il n’y avait plus de jus dans le réservoir, après avoir disputé sept matchs en 10 jours.

«J’ai donné ce que j’ai pu, a assuré le marqueur d’un des deux buts des siens dans le match. Je suis en bonne forme, mais là, je suis fatigué. Il faut donner crédit à Caraquet, qui m’a surveillé de près. Nous avons bien joué, on a une jeune équipe qui va apprendre de ça. Je suis fier car on a traversé tellement d’adversité; on ne devait même pas se rendre en finale.»

À savoir si sa participation au tournoi de la Coupe Allan a eu une incidence, Doucet croit que non.

«Ç’a adonné que les deux étaient en même temps. Ça faisait longtemps que j’avais dit oui à Lamèque et je ne voulais pas revenir sur ma parole», a indiqué l’auteur de cinq points avec le Au P’tit Mousse de Lamèque.