Lait: Bruxelles rejette un abaissement des quotas

BRUXELLES – La Commission européenne, qui présentait mercredi son rapport sur la situation du secteur laitier, a refusé d’abaisser les quotas laitiers, comme le réclament nombre de producteurs face à l’effondrement des prix des produits laitiers ces derniers mois.

La France et l’Allemagne, qui jugent que les réponses proposées par Bruxelles pour soulager le marché laitier ne sont « pas à la hauteur », comptent présenter des « propositions complémentaires » en septembre.

« Comme l’a clairement fait savoir le Conseil européen, nous ne reviendrons pas sur la suppression des quotas, qui se fera de façon progressive et en douceur », a déclaré mercredi la commissaire européenne chargée de l’agriculture Mariann Fischer Boel.

« Une remise en cause de cette décision ne ferait qu’engendrer de l’incertitude et n’aurait de toute façon aucun effet correcteur sur la situation actuelle », a-t-elle expliqué. Mais « nous continuerons de recourir à toutes les mesures dont nous disposons pour stabiliser le marché », a-t-elle promis.

Nombre de producteurs réclamaient davantage d’aide publique et une réduction des quotas pour soulager le marché face à la baisse de 50% des prix du lait au cours de l’année écoulée. Quelque 400 producteurs et leurs tracteurs devaient rallier le siège de la Commission un peu plus tard dans la journée pour protester contre le refus de l’UE de revenir sur la suppression des quotas.

Parmi les instruments disponibles pour stabiliser le marché et soulager les producteurs, Bruxelles veut continuer l’aide au stockage privé, le régime ouvert début janvier étant prolongé jusqu’à la fin février 2010. A ce jour, 113.500 tonnes de beurre ont été stockées, selon Bruxelles.

La Commission propose également de proroger jusqu’au 28 février 2010 les achats d’intervention, qui ont commencé le 1er mars pour le beurre et le lait écrémé en poudre. Déjà 81.900 tonnes de beurre et 231.000 tonnes de lait écrémé en poudre ont été achetées, selon le communiqué.

La Commission veut également continuer d’accorder des restitutions à l’exportation « aussi longtemps que nécessaire » et « autorisera le versement des paiements directs aux producteurs à un stade précoce ». Parmi les autres mesures possibles, Bruxelles cite également « la réaffectation des contributions perçues en cas de dépassement de leurs quotas par les producteurs au financement de l’abandon volontaire de la production de lait, ainsi que l’extension aux exploitants du cadre temporaire pour les aides d’Etat ». D’après Mariann Fisher Boel, l’Union européenne a dépensé environ 600 millions d’euros pour les mesures d’aide au secteur.

Les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept vont tenter de se mettre d’accord sur les propositions en septembre. Mais déjà Paris et Berlin veulent présenter « des propositions complémentaires dans le courant du mois de septembre ».

Dans un communiqué conjoint diffusé par le ministère français, la France et l’Allemagne notent que le rapport de la Commission propose certes des « des réponses d’urgence utiles, comme le relèvement du plafond ‘de minimis’ pour les aides nationales, ainsi que l’augmentation des moyens alloués à la promotion des produits laitiers ». D’accord sur le constat avec la Commission, Paris et Berlin « estiment que les réponses proposées ne sont pas à la hauteur des défis de ce secteur ».

« Dans l’immédiat », les deux pays « demandent donc l’augmentation des restitutions à l’exportation », précise le communiqué. « Elles souhaitent également l’examen de la possibilité d’augmenter le prix d’intervention de manière transitoire, ainsi que de l’opportunité d’un gel, au niveau communautaire, de l’augmentation des quotas de 1% en 2010 ».

Paris et Berlin demandent aussi « la pleine utilisation et l’amélioration de toutes les mesures pour stabiliser les marchés », « une organisation économique du secteur laitier afin de garantir un revenu stable et décent aux producteurs », « une amélioration de la compétitivité de la filière par des mesures d’innovation, de recherche et d’investissement » et « un renforcement de la transparence et de l’information des consommateurs ».