Douze protestataires tués par les forces de sécurité dans le sud du Yémen

SANAA – Les forces de sécurité yéménites ont ouvert le feu jeudi sur plusieurs milliers de personnes qui scandaient des slogans anti-gouvernementaux, dans le sud du pays, faisant au moins 12 morts et plusieurs blessés, selon des médecins et des témoins.

Le nord et le sud du Yémen formaient deux Etats jusqu’à leur réunification en 1990. Quatre ans plus tard, une guerre civile d’un mois éclatait, lorsque le sud tentait en vain de faire sécession.

Des manifestations d’anciens membres de l’armée dans le sud du Yémen en vue de réclamer des réformes politiques ont été organisées à plusieurs reprises depuis août 2007, soulignant la persistance des tensions.

D’après des témoins qui ont requis l’anonymat, des centaines de membres des forces de sécurité ont ouvert le feu jeudi sur quelque 5.000 manifestants à Zinjibar, capitale de la province d’Abyan, afin de disperser la foule.

Un médecin de l’hôpital Al-Razi de Zinjibar a déclaré que des ambulances dépêchées sur place avaient ramené 10 civils décédés et au moins 12 policiers blessés. D’après un autre médecin d’un établissement hospitalier d’Aden, huit civils y ont été admis dans un état critique, et deux d’entre eux ont succombé à leurs blessures. Tous deux ont souhaité rester anonymes.

« Les forces gouvernementales ont commis un massacre contre des civils non armés, tirant à balles réelles et tuant dix personnes », a déclaré Ali Dehmes, un membre de l’opposition dans le sud, apparemment en référence aux protestataires morts lors de la manifestation.

Le gouverneur de la province d’Abyan Ahmed al-Maysari a démenti que les forces de sécurité avaient tiré sur les manifestants et affirmé que huit civils étaient morts lorsque des protestataires avaient commencé à faire feu.

Certaines des personnes qui ont participé au rassemblement de jeudi appelaient à une révolution dans le sud, tandis que d’autres se plaignaient de la dégradation des services, et notamment de fréquentes coupures de courant.

Un témoin a rapporté qu’une milice gouvernementale avait fait usage de matraques pour frapper des protestataires et les traîner vers des camions des forces de police.

Le vice-gouverneur de la province Saleh el-Chamsi a affirmé que la police avait désormais la situation sous contrôle.