Irving Oil abandonne son projet de deuxième raffinerie à Saint-Jean

SAINT-JEAN – L’annulation du projet de construction d’une deuxième raffinerie par Irving Oil à Saint-Jean porte un dur coup à la dénomination de cette région comme cœur du secteur énergétique dans la province.

L’administration Graham fondait beaucoup d’espoir sur ce projet pour continuer de mousser Saint-Jean comme la capitale énergétique de la province auprès d’investisseurs potentiels. Bien que très déçu, le ministre de l’Énergie, Jack Keir, ne veut pas baisser les bras.
«Ce n’est pas la fin du monde. Notre cœur énergétique existe et est vivant. Les occasions de développement sont toujours là. Nous avons tous les mêmes avantages qui étaient présents avant que le projet de raffinerie soit lancé avec un endroit géographique idéal, une communauté qui veut voir du développement et un gouvernement qui est ouvert aux affaires», a réagi le ministre Keir, qui est député de la circonscription de Fundy-River Valley, dans la région de Saint-Jean.
Le président du Conseil écono­mique du Nouveau-Brunswick (CÉNB), Louis-Philippe Gauthier, a qualifié la nouvelle de «triste».
«Ça aura certainement des répercussions sur les plans d’entreprises qui comptaient sur la deuxième raffinerie et des répercussions sur les plans du gouvernement. La situation est malheureuse, mais on doit se poser la question à savoir si on doit parler encore d’une stratégie de cœur énergétique lorsqu’une des composantes clés vient d’être mise sur les tablettes», a observé M. Gauthier.
La direction d’Irving Oil a cité une baisse dans la demande des produits pétroliers pour justifier sa décision de ne plus aller de l’avant pour le moment avec le projet Eider Rock, d’une valeur de 8 milliards $.
Le projet était en branle depuis près de trois ans. Même la pétrolière britannique BP s’était jointe à Irving Oil comme partenaire dans le projet, il y a 18 mois.
Mais, a précisé Kevin Scott, directeur commercial et de la croissance du raffinage chez Irving Oil, la crise économique des douze derniers mois a changé la donne.
«La demande pour les produits est tombée, et ce, pour la première fois depuis plusieurs années. La consommation de carburant est aussi en déclin. Nous avons vu plusieurs importants projets éner­gétiques être réduits ou annulés. Nous avons vu une étude qui a dit que 80 % des projets énergétiques potentiels dans le monde n’irait pas de l’avant et que ceux qui iraient de l’avant seraient financés par des compagnies pétrolières nationa­lisées», a expliqué M. Scott.
Irving Oil avait décidé l’année dernière de construire la nouvelle raffinerie en deux phases en raison du ralentissement économique. Kevin Scott a admis que le consortium a tenté d’obtenir de l’aide des gouvernements fédéral et provincial au cours des dernières semai­nes.
Le ministre Keir a mentionné que la province a fait tout en son possible pour que le projet devienne réalité.
«Nous étions là comme un partenaire, mais le plan d’affaires n’était plus viable pour eux», a indiqué le ministre de l’Énergie, qui a concédé qu’il a été mis au courant de la mort imminente du projet au début de la semaine dernière.

En bref… L’immense raffinerie au­rait pu produire quelque 300 000 barils de pétrole par jour, pour les marchés canadien et américain… Outre les milliers d’emplois dans le secteur de la construction que le projet aurait créés, les prévisions faisaient état de 1100 emplois à temps plein lorsque la raffinerie aurait été en opération… Irving se garde l’option de remettre en marche le projet, advenant une amélioration du marché…