Kouchibouguac: retrouvailles émotives et divertissantes

KOUCHIBOUGOUAC – C’est un esprit de fête qui régnait hier à la plage Callanders du Parc national Kouchibougouac lors des retrouvailles des expropriés, qui n’ont pas hésité à sortir en grand nombre, sûrement encouragés par un temps digne du mois de juillet.
 

Pascal Raiche-Nogue
pascal.raiche-nogue@acadienouvelle.com

Plus qu’une simple occasion de socialiser et de se souvenir, les participants de la troisième édition de cette rencontre ont eu l’oc­casion de se divertir, notamment en jouant à des jeux exté­rieurs, en mangeant une bou­chée, le tout en prenant des pau­ses pour danser au son de l’or­chestre, qui a joué des grands classiques de la musique acadien­ne.
Selon l’organisatrice de l’évé­nement, Docile Cormier, l’échan­ge était de mise, hier.
«C’est pour se rencontrer, parler du temps où l’on vivait dans les communautés du parc. Les gens viennent aussi pour parta­ger ce qu’ils font aujourd’hui», a-t-elle commenté.  
Selon elle, c’est à la demande générale que les organisateurs ont décidé de devancer d’un an la troisième édition des retrouvailles, qui devaient avoir lieu tous les deux ans.  
Pour les expropriés comme Conrad Doucette, qui a arrêté de jouer aux «waters» le temps de jaser un peu, l’ambiance était très décontractée.
«Il y a beaucoup de monde qu’on n’avait pas vu depuis long­temps. On se sent bien de rencontrer notre monde», a-t-il indi­qué, en poursuivant que c’était sa première participation.  
Malgré sa bonne humeur, l’évé­nement a ramené de sombres souvenirs de l’expropriation, qui l’ont marqué.
«Ç’a été difficile la manière que ç’a été fait. Ça a été fait salement», a-t-il confié.  
En plus du côté festif, l’histoire a occupé une grande place dans l’événement d’hier. Des panneaux exposant des photographies d’époque prises dans les diverses communautés du parc avant l’expropriation de 1969 ont été montés à une extrémité de la tente.  
Des bénévoles ont aussi récol­té des arbres généalogiques afin d’être en mesure de peindre le portrait de ces communautés qui ont été démantelées dans une tourmente qui fait encore parler aujourd’hui.  
Maimai Richard était affairée à la table de généalogie. Elle expli­que que les liens qui unissent les anciens résidants sont toujours forts, de nombreuses années après qu’ils aient été obligés de quitter leurs terres.
«Si quelqu’un meurt, tu vas aller. Les gens amènent de la nourriture, ils sont encore reliés», a-t-elle dit.  
Ce ne sont pas que les expropriés qui s’intéressaient à l’histoire du parc, hier. Un professeur d’histoire de l’Université Concor­dia, à Montréal, Ronald Rudin, a profité de l’occasion pour inviter les gens à participer à son projet de recherche, qui mènera à la publication d’un livre sur l’histoire de la création du parc Kou­chibougouac. En discutant avec eux, il espérait convaincre les gens de partager leur savoir sur ce moment historique.  
Il a indiqué que la création de ce parc est un sujet généralement laissé de côté par les historiens.
«Il y a des documents qui n’ont pas été étudiés depuis 40 ans, il y a une histoire à faire. C’est prati­quement un sujet vierge, pour ainsi dire», a-t-il dit.  
En plus du livre, Ronald Rudin souhaite créer un site Web où les internautes pourront visionner des entrevues avec des expatriés des villages maintenant disparus.