Les vins du N.-B. commencent à piquer la curiosité

DIEPPE – L’industrie vinicole mo­derne sort tout juste de son stade embryonnaire, mais avec une ra­pidité impressionnante. En moins de 10 ans, cinq vineries de raisins ont obtenu un permis d’exploitation et six autres permis ont été remis à des vineries de fruits.

Même si certaines ont connu des problèmes économiques im­portants, la grande majorité des vine­ries augmentent leurs chiffres d’affaires avec les années.
Si plusieurs avaient de la difficul­té à croire qu’il était possible de produire de bons vins au Nouveau-Brunswick, le temps leur aura prouvé le contraire.
Serge Maury, de la Ferme Maury, se souvient très bien de ses premiers pas dans l’industrie.
«La province n’était pas très intéressée il y a 10 ans au niveau de la vigne. Mais on avait découvert qu’il y avait un petit microclimat entre le parc Kouchibouguac et Cap-Pelé, une zone 5A. Dans l’agriculture, par rapport à la zone, tu sais ce que tu peux planter et dans une zone 5A, tu peux planter des hybri­des canadiens.»
Avec le climat hivernal du Cana­da, les variétés de raisins qui survivent à l’hiver sont plus restrein­tes qu’en Europe, par exemple. Le Nouveau-Brunswick a un climat maritime le long de la baie de Fundy et du détroit de Northum­berland et un climat plus continental à l’intérieur des terres.
Cela explique aussi pourquoi les vins de fruits sont plus populaires. Ces produits sont aussi beaucoup plus proches de la culture néo-brunswickoise puisque de vieux livres de recettes font état de vin de betterave, par exemple, concocté par ceux qui ont peuplé le territoire.
Puisque ces recettes ont toutefois été relayées aux oubliettes pour quelques décennies, certains producteurs trouvent qu’il faut du temps aux gens pour s’habituer au goût.
«Les gens ont l’impression que les vins de fruits sont sucrés et sont conçus pour le dessert, mais plu­sieurs producteurs font des vins de fruits qui se marient très bien aux repas», a expliqué Janet Everett de la vinerie Magnetic Hill.
Le ministre de l’Agriculture et de l’Aquaculture, Ronald Ouellette, croit que l’industrie du vin gagne à se faire connaître.
«Nous ne pensions pas à cela deux ou trois années passées puis­que nous étions encore à l’étape d’expérimentation, mais on se rend compte que déjà les vins de la pro­vince gagnent des prix alors, c’est très encourageant et nous essayons de les aider à faire la promotion de ces vins.»
Une vision qui réjouit la propriétaire de la vinerie Waterside Farm, Linda Mantell.
«Les gens sont de plus en plus curieux et nous avons des tou­ris­tes de partout dans le monde qui viennent ici goûter les produits du Nouveau-Brunswick.»
Le défi, selon Elke Muessle de la vinerie Winegarden Estate, demeu­re de convaincre les gens.
«Il y a des gens qui aiment beaucoup les produits d’ici et qui en sont très fiers. Mais il y en a d’au­tres qui croient qu’on ne produit pas de bon vin au Nouveau-Brunswick et qui ne le goûtent pas. De plus, nous sommes limités dans ce que nous pouvons produire, dans la qualité et la diversité des produits et les gens doivent comprendre cela. Ils ne peuvent pas s’attendre à avoir des grands crus, ce n’est pas du Shiraz, mais c’est un très bon produit quand même. C’est simplement diffé­rent.»