Sderot revit sans la peur constante des roquettes

SDEROT, Israël – Sderot, cette ville israélienne toute proche de la Bande de Gaza et qui vivait au rythme des roquettes palestiniennes, connaît sa plus longue période de calme depuis longtemps. Six mois après l’opération « Plomb durci » contre le Hamas, la vie semble avoir repris un cours presque normal dans cette localité ouvrière.

En ces vacances d’été, les enfants jouent dans les squares, les clients se pressent dans les magasins. Même la piscine municipale a rouvert après cinq ans de fermeture.

« Les gens sortent plus. Ca bouge. L’ambiance est différente », remarque Avigail Hazan, commerçante de 42 ans.

« La vie avant la guerre, ce n’était pas une vie », estime Rafik Agaronov, maire-adjoint de Sderot.

Depuis qu’Israël s’est retiré de la Bande de Gaza en septembre 2005, 7.865 roquettes et obus de mortier ont été tirés sur le sud d’Israël, dont au moins 4.000 ont touché Sderot, selon un décompte de l’armée. Huit personnes ont été tuées et des centaines d’autres ont été blessées. L’économie était paralysée. Les habitants ne s’éloignaient pas de leur domicile et de leurs abris antiaériens, où ils se précipitaient chaque fois que les sirènes hurlaient.

Depuis la fin de l’opération « Plomb durci » menée par Tsahal contre le Hamas, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, environ 220 roquettes ont été tirées sur le sud d’Israël. La dernière à avoir touché Sderot remonte au 19 mai dernier.

Les habitants profitent de ce calme. Beaucoup confient ne jamais avoir eu la vie aussi douce dans leur ville. Les soirs d’été, il n’est pas rare de voir des gens boire une bière avec leurs voisins devant chez eux, ou encore jouer aux échecs ou au backgammon dans le parc.

Dina Keinan, propriétaire d’une boutique de bicyclettes, a vu ses ventes augmenter ces derniers mois. « Les gens n’achetaient pas de vélo avant parce qu’ils avaient peur de se déplacer à découvert sur de longues périodes », explique-t-elle. « Maintenant, c’est différent ».

Le signe le plus visible de ce calme retrouvé est sans doute la réouverture de la piscine, un endroit qui était dangereux lorsque les tirs de roquettes étaient fréquents. A présent, en pleine canicule, les nageurs s’y rafraîchissent. « Ca a manqué aux gamins », souligne Zion Peretz, le directeur, tandis que derrière lui, des enfants en colonie de vacances plongent dans l’eau. « Ca nous a redonné la joie de vivre ».

L’Etat hébreu considère que l’opération Plomb durci a atteint son objectif premier, qui était de faire cesser les tirs de roquettes. Mais des responsables israéliens pensent aussi que le Hamas et les milices palestiniennes utilisent ce calme apparent pour se réarmer.

Atara Orenbouch, 37 ans, estime que Sderot a retrouvé « une vie presque normale ». Ses six enfants peuvent maintenant se promener librement, comme tous les petits Israéliens. « Au moins, ils ont la chance d’avoir un petit peu une enfance normale », confie-t-elle. Mais « je suis sure que nous aurons un réveil douloureux (…) Nous supposons que nous retrouverons les roquettes mais en attendant, nous sommes heureux ».