Témoignage : valser avec la mort

CARAQUET – Même si on n’ose pas y penser, n’importe qui peut se trouver dans une situation critique où une fraction de seconde peut faire toute la différence entre vivre ou mourir. En pareil cas, on espère toujours que quelqu’un tout près saura quoi faire, et apportera l’aide vitale nécessaire. Il y a près de trois semaines, Germaine Boucher et Brigitte Lefort se sont retrouvées bien malgré elles dans ce genre de situation où la vie valse avec la mort.

Germaine Boucher est âgée d’une cinquantaine d’années. Elle demeure au Manoir Marie, une résidence pour adultes à besoins spéciaux située à Caraquet. Brigitte Lefort y travaille comme infirmière auxiliaire.

Germaine Boucher a vu la mort de près lors d’un dîner pendant lequel tous les résidants étaient attablés. Brigitte Lefort s’en souviendra toute sa vie.

«Un moment donné, elle s’est levée et je me suis aperçue qu’elle était étouffée. Elle était incapable de parler, ni même de respirer. Elle était sur le point de perdre connaissance», raconte-t-elle au cours d’un entretien avec l’Acadie Nouvelle.

L’infirmière auxiliaire, constatant le sérieux de la situation, n’a fait ni une ni deux: elle a emmené la pauvre dame dans une salle de bains, à l’abri des regards des autres résidants, afin de ne pas les affoler, puis a aussitôt tenté de dégager ses voies respiratoires en manoeuvrant une technique de compression abdominale.

«Le morceau de viande qui était resté pris dans sa gorge est finalement sorti», assure Brigitte Lefort, ajoutant que, bien qu’elle soit habilitée à se servir des techniques de RCR et de premiers soins – ce que la province oblige d’ailleurs pour toute personne travaillant dans des foyers pour personnes à besoins spécifiques -, c’était la première fois qu’elle devait ainsi aider une personne dans ce type de pétrin.

«J’étais nerveuse, quand j’ai vu ce qui se passait, mais j’ai pris mon courage à deux mains pour secourir Mme Boucher», souligne Brigitte Lefort.

Le Dr Gilbert Blanchard, qui a vu la malheureuse à l’urgence immédiatement après l’événement, croit sans hésitation que l’infirmière auxiliaire a sauvé la vie de Mme Boucher.

«Elle a utilisé la manœuvre Heimlich et l’a très bien faite. La dame n’a conservé aucune séquelle de son incident», déclare le médecin.

Le geste est d’autant plus héroïque, selon lui, que, malheureusement, il arrive «à l’occasion» que des gens succombent à ce genre d’étouffement, alors que la technique qu’a utilisée Brigitte Lefort est accessible à tous et facile à utiliser.

«Tous ceux qui travaillent dans des restaurants, voire toute la population en général, devraient connaître cette technique. Car on ne sait jamais quand un malheur peut arriver, et quelques secondes seulement peuvent faire toute la différence», signale le Dr Blanchard.

Pierrette Haché, propriétaire du Manoir Marie, se dit plus que fière de son employée.

«J’enseigne moi-même les cours de RCR et de premiers soins. C’est dire l’importance de ces connaissances. Il n’est pas nécessaire d’avoir des cours dans le domaine de la santé pour apprendre ces techniques. Tout le monde peut les utiliser et ça peut sauver des vies», mentionne Mme Haché.

Le Manoir Marie a d’ailleurs rendu hommage récemment à son employée modèle. Germaine Boucher avait un sourire radieux, comme si sa vie n’avait jamais valsé avec la mort.