Comment vaincre le fléau de l’intimidation?

CAMPBELLTON – Le suicide survenu plus tôt cette semaine d’une adolescente gaspésienne victime d’intimidation, Marjorie Raymond, a de quoi faire réfléchir.

À l’intérieur des écoles du Nouveau-Brunswick, on dit prendre les problématiques de l’intimidation et du harcèlement très au sérieux. Et c’est notamment le cas au Restigouche où des efforts pointus sont mis en place depuis quelques années.

René Savoie est coordonnateur au milieu propice pour le district scolaire 5 L’Étoile du Nord (DS5). Des cas d’intimidation, ce dernier en a vu au fil des ans.

«Cela dit, les mauvais comportements semblent diminuer. On nous rapporte moins de cas d’intimidation que par le passé. Mais ce n’est pas une raison pour baisser notre garde», s’empresse-t-il d’ajouter.

C’est dans cette optique préventive qu’en 2010, les districts scolaires 5 (francophone) et 15 (anglophone), en collaboration avec le district 9 de la Gendarmerie Royale du Canada, ont installé sur le territoire Restigouche-Chaleur une série de pancartes-chocs dénonçant les nombreux visages de cette pratique. On parle notamment du harcèlement, des moqueries, de la violence physique ou encore la dernière mode, la cyber intimidation. En tout, 90 affiches ont ainsi été posées çà et là dans la communauté ainsi que sur chaque site scolaire.

C’est la troisième année que ces intervenants travaillent de concert afin de traiter de la problématique de l’intimidation sur le territoire.

«Nous n’avons pas mis ce comité sur pieds parce qu’il y avait une problématique particulière au niveau de l’intimidation dans nos régions. Il n’y a pas eu un incident en particulier qui nous a incités à agir. Il n’y a pas non plus davantage de cas d’intimidation ici qu’ailleurs. On croit simplement qu’il est important d’être proactif, soit de prévenir du mieux que l’on peut ces gestes, car ça peut détruire des vies», dit-il.

Cette année, le comité projette d’aller plus loin au niveau de la sensibilisation, soit par l’entremise d’une série de capsules vidéo ainsi que par la création d’un site web expressément sur ce sujet.

«On vise une quinzaine de capsules entièrement créées et tournées par les jeunes. Le site web, quant à lui, mettra plusieurs ressources à la disposition des parents, car on veut qu’ils sachent comment détecter si leur enfant est victime d’intimidation et comment agir avec eux si c’est le cas. Il s’adressera également aux jeunes afin qu’ils sachent quoi faire s’ils se font intimider. C’est important que les jeunes aient les outils pour se sortir de cette situation. On s’adressera d’ailleurs tant aux victimes, aux agresseurs, qu’aux témoins silencieux de ces gestes», explique M. Savoie.

Malgré tous ces efforts, celui-ci demeure néanmoins réaliste.

«On sait qu’il y a de l’intimidation dans nos écoles et que ça ne cessera pas du jour au lendemain. On essaye d’intervenir du mieux que l’on peut, mais ce n’est pas toujours évident. Il y a toujours des cas qui nous échappent, des jeunes qui vont se faire intimider malgré tout. Il y a tellement de formes d’intimidation qui existent.

Et aujourd’hui, les nouvelles technologies – Facebook, les cellulaires, etc. – font en sorte que ça ne se passe plus uniquement à l’école.

L’intimidation suit les jeunes chez eux, en tout temps. En fait, l’intimidation peut suivre un individu tout au long de sa vie. Il y a de l’intimidation entre collègues de travail. C’est donc important de savoir comment agir tôt afin de mettre fin à tout cela.»

Outre ce projet à grande échelle, M. Savoie ajoute que chaque établissement possède son propre comité d’intervention en place afin de traiter localement d’intimidation.